Les conseils d'un pécheur repentant

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(Québec) Pauvre Lino! Une fois sa grand-mère décédée, il était tellement «accoté» partout, dit-il, qu'il n'avait plus assez de prête-noms par qui faire passer son argent pour répondre aux trop nombreuses demandes des partis politiques. Et puis c'était compliqué cette histoire de prête-noms, a-t-il expliqué. Il lui fallait en trouver dans sa famille, parmi ses employés, chez ses amis, leur demander de faire des chèques et les rembourser en argent comptant. Bref, c'était tellement plus simple de faire ça en cash. C'est ce qu'il aurait expliqué à Pierre Bibeau, l'ex-conjoint de Line Beauchamp, à l'occasion du petit déjeuner de financement organisé par Génivar en 2009, auquel a participé le mafieux Domenico Arcuri. Quelques jours plus tard, il serait donc allé porter 30 000 $ dans une enveloppe à Bibeau, dans les bureaux de Loto-Québec.

Pauvre Lino! Lorsqu'il s'est lancé en affaires en 1998, le système de collusion et de corruption qu'il dénonce depuis deux semaines existait déjà. S'il faut le croire, c'est parce qu'il n'avait pas le choix qu'il a fait comme les autres, qu'il a corrompu des fonctionnaires et versé de l'argent aux partis politiques. À Montréal, c'était 3 % au parti du maire Tremblay, à Laval, c'était 2,5 %.

Une victime, Lino Zambito? Pas du tout! Je n'ai pas beaucoup de sympathie pour ce genre de personnage, même s'il dit la vérité. Il n'avait pas l'air d'une victime dans le reportage de l'émission Enquête de Radio-Canada où il tentait d'empêcher l'opposition municipale à Boisbriand de présenter des candidats aux élections, en 2009. Il avait plutôt l'air du parrain qui voulait garder la mainmise sur son territoire et préserver ses liens d'affaires avec une administration corrompue. Une victime, Zambito? Certainement pas lorsqu'il envoyait des fleurs à Nathalie Normandeau pour obtenir des faveurs.

C'est probablement vrai que le système qu'il dénonce aujourd'hui était déjà en place lorsqu'il s'est lancé en affaires en 1998. Mais Zambito ne l'a pas dénoncé. Il y a participé et il en a profité, comme tous les autres entrepreneurs ou ingénieurs corrompus qui se sont prêtés à ce jeu de collusion et de corruption. Ce n'est pas vrai que l'on devient malhonnête parce que le système nous force à l'être. On est honnête ou on ne l'est pas. Et Zambito ne l'a pas été.

Voilà que ce pécheur repentant donne aujourd'hui des conseils à la commission Charbonneau pour éviter que tout ça se reproduise. Il a dit hier que la plupart des ministres et députés sont honnêtes, mais qu'ils ont également été victimes du système qui leur demandait d'amasser 100 000 $ par année. Je ne suis pas d'accord. C'est vrai que la plupart des politiciens sont honnêtes. Mais il y a trop longtemps que l'utilisation des prête-noms existe pour que ceux et celles qui avaient la responsabilité du financement n'aient pas connu l'existence de cette pratique. Ils ont fermé les yeux, pendant que le gardien de la loi, le Directeur général des élections, ne faisait pas de zèle pour sévir contre les coupables et forcer les partis à corriger le tir. C'était comme si tout le monde tenait pour acquis que c'était correct, puisque tout le monde le faisait. C'est comme ça que les politiciens «honnêtes» ont pratiqué une forme d'aveuglement volontaire. Ils allaient aux cocktails de financement, mais sans trop s'interroger sur les gens qui étaient là et sur la provenance réelle des montants recueillis.

Quant aux gens véritablement corrompus, ils ne sont sans doute qu'une minorité, mais une minorité suffisamment importante pour salir tout le monde. C'est ce qui vient de commencer à la commission Charbonneau, et ce n'est qu'un début.

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