D'une controverse à l'autre

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(Québec) Le gouvernement de Pauline Marois n'a pas deux mois de fait qu'il va déjà d'une controverse à l'autre. Après la taxe santé, c'est l'anglais au primaire et les subventions aux écoles privées qui attisent les passions. Est-ce délibéré? Après tout, le gouvernement ne fait qu'aller de l'avant avec le programme adopté par ses militants. Mais comme il n'a pas la majorité pour faire adopter ses politiques, il fonctionne comme s'il désirait démontrer que c'est la faute des autres, que ce sont les autres partis qui l'empêchent de bouger.

Le problème d'une telle attitude, c'est qu'elle semble démontrer le peu de sérieux de l'équipe gouvernementale. La conviction et la profondeur dans les idées cèdent la place à l'improvisation et mènent à des capitulations humiliantes. Ce fut le cas de la taxe santé.

La plus grande erreur du Parti québécois (PQ), en février dernier, n'est pas d'avoir annoncé son intention d'abolir cette taxe. C'est d'avoir expliqué comment elle serait remplacée, sans avoir accès à l'expertise du ministère des Finances. Pendant la campagne électorale, Pauline Marois a toujours refusé de céder à Jean Charest, qui lui demandait de préciser la hausse des redevances qu'elle comptait imposer aux minières. Elle expliquait qu'il lui faudrait d'abord prendre connaissance du dossier. Elle aurait dû agir de même pour la taxe santé.

La nouvelle formule de taxe santé soumise mercredi par Nicolas Marceau est meilleure que celle proposée en février dernier. Elle est également plus équitable que la contribution de 200 $ par personne imaginée sous Raymond Bachand. Mais elle constitue une capitulation de la part du gouvernement. Les quatre millions de Québécois gagnant entre 18 000 $ et 130 000 $ par année qui ont cru à la promesse du PQ d'abolir la taxe santé, ont raison de se sentir trahis.

Il est faux de prétendre que c'est le statut minoritaire du gouvernement qui l'a forcé à modifier ses plans. À sa face même, la rétroactivité de la hausse d'impôts suggérée au départ a suscité un tel tollé que le ministre Marceau aurait été forcé de reculer même si le gouvernement avait été majoritaire. Même chose pour la hausse des taxes sur les dividendes et sur les gains de capital, dont le ministre a reconnu l'inapplicabilité avant même de corriger le tout.

La prochaine étape politique à franchir dans ce dossier sera le vote auquel le gouvernement veut le soumettre dès cet automne. On ignorait encore, hier, quelle voie le ministre entend prendre pour se rendre jusqu'à ce vote. Comme l'ancienne taxe prend fin le 31 décembre, il faudra une déclaration ministérielle ou un énoncé économique pour que la nouvelle formule prenne effet le 1er janvier. La législation nécessaire pourrait faire partie du prochain budget ou être soumise à la Chambre aussi tard que le printemps prochain.

Quelle que soit l'avenue choisie, ce n'est pas le vote de cet automne qui devrait décider du sort de ce gouvernement. Les Québécois ne pardonneraient pas au Parti libéral du Québec ou à la Coalition avenir Québec de les retourner en campagne électorale dès cet automne. C'est le prochain budget qui donnera une idée plus complète des intentions du gouvernement Marois. Il devrait donc constituer son premier vrai test. Si les libéraux et les caquistes n'aiment pas la nouvelle contribution santé du ministre Marceau, ils auront l'occasion de la bloquer lors du vote sur le budget.

De toute manière, les libéraux n'auront pas de chef avant février. Les défis du gouvernement Marois sont tellement nombreux que les partis d'opposition seraient fous de le renverser sur une seule mesure au lieu d'attendre que la réalité politique et les contraintes du pouvoir fassent leur oeuvre. Les occasions ne manqueront pas.

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