L'autre Afrique de M. Harper

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(Ottawa) Stephen Harper se plonge dans le Sénégal, aujourd'hui, avant de poursuivre son déplacement au Congo-Kinshasa, selon le nom traditionnel de la République démocratique du Congo.

D'abord, bravo pour l'initiative. Bravo pour le virage, également, de la part d'un gouvernement qui jugeait au départ le continent africain comme une pure nuisance budgétaire.

Car on ne peut parler de ce deuxième voyage africain du premier ministre sans rappeler sa politique inepte de désengagement de la région la plus défavorisée du monde. Le continent s'est bien vengé, d'ailleurs, en refusant d'appuyer notre candidature au Conseil de sécurité des Nations Unies.

Au tournant du siècle, le Canada avait promis de doubler son aide à l'Afrique. Promesse tenue, dans un premier temps. En 2000-2001, nous avons lui donné 696 millions $ en aide bilatérale et multilatérale, soit 27 % du budget total de l'aide internationale de 2587 milliards $.

En 2006-2007, première année conservatrice, ce montant atteignait 2320 milliards $, soit 42,5 % de nos dépenses totales d'aide (5460 milliards $).

Mais l'an dernier, aux comptes de 2010-2011, je note une toute petite augmentation à 2170 milliards $ sur un budget total d'aide de 5680 milliards $, une baisse de l'Afrique à 38 % de notre aide internationale.

Le message politique ne trompe pas, les actions ont malheureusement suivi les paroles. Vous me direz que l'Afrique a besoin de développement économique, pas d'aide humanitaire.

C'est vrai en théorie, dans un monde parfait. Mais les faits disent autre chose, et le régime actuel d'exploitation des ressources naturelles de l'Afrique constitue bel et bien un régime d'exploitation, au sens péjoratif du mot.

Les analystes les plus optimistes avancent que le continent abrite 6 des 10 économies les plus en croissance, écrit The Economist tout juste avant de mettre justement ses lecteurs en garde contre tout abus d'optimisme.

Car ces pays partent de tellement loin que toute comparaison frôle la caricature. Un revenu moyen sous les deux dollars par jour, une espérance de vie qui dépasse à peine les 50 ans par endroits, et que dire de la corruption, omniprésente sur tout le continent?

Le même magazine demande à tous les pays présents en Afrique de signer l'Initiative relative à la transparence des industries extractives, outil essentiel de la moralisation des moeurs économiques dans cette partie du monde.

Mais le Canada ne met pas en oeuvre ce rejeton de l'ancien premier ministre britannique Tony Blair, jugeant ses propres lois suffisantes pour contrôler les dérapages.

Tout au plus encourageons-nous les multinationales canadiennes «à divulguer les paiements qu'elles effectuent dans les pays où elles exercent leurs activités», lit-on sur le site Web du ministère des Ressources naturelles.

Premier investisseur dans les minières en Afrique et de loin tête d'affiche au Congo, le Canada a un rôle de leader à jouer.

Tant mieux si nous sommes les champions, mais les champions doivent donner l'exemple. Sans la signature de cette Initiative, et sans loi pour la mettre en vigueur, rien ne changera.

Vous croyez sérieusement que le porteur canadien d'une enveloppe brune dans une capitale africaine annoncera son forfait dans les pages économiques de votre journal ou dans une lettre au ministre des Finances?

Le gouvernement Harper compte sur l'autoréglementation des entreprises, une habitude tout aussi dénuée de crédibilité pour les minières que pour les abattoirs de l'Alberta.

Le premier ministre devrait sillonner le continent plus souvent et plus longtemps, question de voir une autre Afrique très loin de notre monde.

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