Trêve de plaisanterie. Comment peut-on avoir le coeur à rire, à un moment où les riches du monde entier ont de la peine? À un moment où les riches se présentent comme des martyrs du fisc?
Apparemment, ce n'est pas parce qu'on planque quelques millions de dollars aux îles Caïmans qu'on échappe au désarroi d'un Cecil B. DeMille, le réalisateur du film Les dix commandements. Excédé par une réduction brutale de ses dépenses, au milieu du tournage, DeMille s'était écrié :
- Que voulez-vous que je fasse? Arrêter le tournage et rebaptiser le film : «Les cinq commandements»?
Je sais. Quand le riche pleure, le monde se bouscule pour lui fournir un mouchoir.
Mais comment rester de marbre devant le chagrin d'un Bernard Arnault, l'homme le plus riche de France?
Apparemment, il importe peu que le multimilliardaire ait payé moins de 10 % d'impôt, en 2011. Monsieur veut obtenir la nationalité belge, pour échapper à l'impôt. Il irait ainsi rejoindre plusieurs héritiers de grandes fortunes en exil, comme les Peugeot ou les Rothschild. Sans oublier les Alain Delon, Johnny Halliday et autres Charles Aznavour.
Si vous les croisez, entre la poire et le fromage, faites-les frissonner avec la boutade de Mark Twain sur la différence entre un percepteur d'impôt et un taxidermiste.
«Réponse : Le taxidermiste ne prend que la peau.»
Millionnaires du monde entier, unissez-vous!
Aux États-Unis, le millionnaire T.J. Rodgers compare la situation des riches à celle d'une minorité ethnique opprimée. Un bonze de Wall Street associe même l'attitude de Barack Obama envers le secteur financier à celle d'un intimidateur dans une cour d'école!
Venant du secteur de la finance, qui a injecté 128 millions $ dans l'actuelle campagne présidentielle, avouez que cela brise le coeur! Si un magot semblable ne garantit pas un peu d'amour, où s'en va le monde?
Ne souriez pas. Le pauvre riche revient de loin. En 1960, au Québec et au Canada, le taux d'imposition du contribuable dont le revenu dépassait 200 000 $ atteignait 80 %. Même en 1980, il frôlait 70 %!
En 1960, le fisc américain était plus gourmand. Les salariés gagnant plus de 250 000 $ étaient alors imposés à 89 %. En 1953, c'était 92 %!
Bien sûr, 250 000 $ de 1960 représentent 1,9 million $ de 2011. C'était il y a longtemps. La préhistoire fiscale. Les paradis fiscaux n'abritaient pas 22 000 milliards $ comme aujourd'hui. Les humains voyageaient plus facilement que l'argent.
Et Bill Clinton n'avait pas réinventé les statistiques en s'écriant : «Tous les Américains devraient gagner plus que le revenu moyen! Mon administration y veillera!»
Un membre du Congrès américain a déjà dit à la blague que la taxation des riches constitue un terrain «plus miné que le no mand's land qui sépare les deux Corées».
De toute évidence, le gouvernement du Parti québécois n'en croyait pas un mot. Dès son arrivée, il s'est empressé de chambarder la fiscalité avec toute la subtilité d'un brontosaure qui court éternuer dans le magasin de porcelaine.
Vrai que le taux d'imposition réel des contribuables ayant des revenus supérieurs à 250 000 $ atteint à peine 15,2 %. (1)
Mais en imposant rétroactivement certains gains en capital et en dividendes, le nouveau gouvernement a réussi un exploit. Il a dressé contre lui des gens qu'il ne visait pas particulièrement, notamment des propriétaires de duplex et des retraités.
On est loin de la ruse de Robin des bois, mais proche d'une blague classique raillant le côté un peu broche à foin du Parti québécois (PQ) :
«Trois stratèges du PQ vont à la chasse. Soudain, ils aperçoivent un lièvre. Le premier épaule son arme et fait feu. Pas de chance, il tire trop à droite. Le second tire à son tour. Cette fois, le coup est trop à gauche.
Le troisième lève alors les bras en signe de triomphe : "En moyenne, nous l'avons eu!"»
(1) Ministère du Revenu, Statistiques fiscales des particuliers (2009). Cité par Radio-Canada, 1er octobre 2012