Comment expliquer une telle différence? Serait-ce que nos élus se sont tellement querellés à l'Assemblée nationale depuis trois ans qu'ils étaient incapables d'avoir des discussions sans s'insulter ou se traiter de menteurs? Ou serait-ce de notre faute? Serions-nous à ce point différents que nous jugeons nos élus sur leur capacité d'écraser l'adversaire et non sur le contenu de leurs propositions? Est-ce notre sang latin? Ou le fait que les Québécois voient la politique comme un sport ou un match de boxe où les participants sont tenus au knock-out pour impressionner?
Lors du débat des chefs à RDI, Françoise David a gagné en sympathie à cause de son ton plus respectueux. Ce débat accueillait les quatre chefs. Par contre, les gens semblent avoir préféré la formule à LCN qui n'opposait que deux adversaires à la fois et qui a tourné à la foire d'empoigne.
Que voulons-nous exactement? De la passion ou des débats d'idées civilisés?
Anne-Marie Dussault, qui a animé le débat sur les ondes de RDI, estime qu'il faut «saluer le haut niveau de civilité au détriment d'un match qui se veut théâtral, spectaculaire». Mais elle pense que si on offrait aux Québécois un débat comme celui qu'on a vu mercredi aux États-Unis, les téléspectateurs lui reprocheraient d'avoir animé un événement ennuyant. Elle signale toutefois que le débat entre les candidats à la présidence des États-Unis a été terne parce qu'il n'y avait vraiment pas de passion chez Obama. «C'est important, la passion, parce qu'on veut savoir si quelqu'un va défendre nos intérêts.
La majorité des observateurs ont jugé que Romney l'avait emporté sur Obama parce qu'il avait donné l'impression d'être passionné par le sort de ses concitoyens. «On dit que c'est Romney qui a gagné pour ces raisons-là, mais on n'a pas gratté le fond, déplore Mme Dussault. On attend trop du caractère spectaculaire de ces débats-là, on s'attarde trop à la forme. Sur le fond, il y avait des contradictions chez Romney qu'Obama n'a pas défiées.»
Quelle leçon doit-on tirer du débat aux États-Unis? «Entre s'engueuler et mettre au défi, il y a peut-être une marge qu'on ne connaît pas ici, sauf pour Françoise David, qui a élevé le débat et qui a fait un peu comme Obama, en reconnaissant les valeurs de l'adversaire», conclut Anne-Marie Dussault, qui serait bien d'accord à ce que la Fédération professionnelle des journalistes s'interroge un jour sur le sujet.
Personnellement, j'admets que j'aime bien voir des échanges vigoureux dans les débats des chefs en campagne électorale. Là où je décroche, c'est lorsque l'animateur est incapable de garder le contrôle et que les participants s'interrompent sans cesse et crient sans arrêt pour faire valoir leur point.
À cet égard, j'ai bien aimé le débat Obama-Romney, même si le président sortant a manqué de belles occasions de réfuter les déclarations de son adversaire. Il n'était pas dans son assiette et il se reprendra sans doute lors des trois autres débats. Mais s'il avait voulu le faire mercredi soir, le format retenu par le modérateur le lui aurait permis, sans tomber dans les insultes et le tumulte qui ont marqué les échanges entre Pauline Marois et Jean Charest aux débats de la dernière campagne électorale.