Ça commence avec les petits mononcles

Régis Labeaume a dit, cette semaine, qu'il était... (Photothèque Le Soleil, Erick Labbé)

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Régis Labeaume a dit, cette semaine, qu'il était «sûr à 98 %» qu'il n'y a pas à Québec de «système de pourcentage» comme à Montréal.

Photothèque Le Soleil, Erick Labbé

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(Québec) Les révélations de la commission Charbonneau sur Montréal laissent pantois.

Le témoignage de l'ex-entrepreneur Lino Zambito suggère une réalité qui va au-delà des rumeurs. Et les travaux commencent à peine.

La commission a aussi Laval dans sa mire, la couronne nord et le ministère des Transports.

La Ville de Québec? La question est incontournable.

J'ai tiqué cette semaine en entendant le maire Régis Labeaume dire qu'il était «sûr à 98 %» qu'il n'y a pas à Québec de «système de pourcentage» comme à Montréal.

Seulement 98 %? Le 2 % qui manque cachait-il quelque chose? Le maire a-t-il des soupçons ou connaissance d'irrégularités que nous ignorons?

Il m'assure que non. Le 98 % est une plutôt précaution de langage. Une façon de dire qu'on n'est jamais sûr de rien. Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que le maire fait cette nuance.

La tentative de corruption dénoncée par Benoît Côté, employé du Service de développement économique de la Ville, en est la preuve.

Des entrepreneurs lui ont remis de l'argent pour faciliter le traitement de leur projet d'habitation. Mal leur prit.

M. Côté a été salué en héros à l'hôtel de ville de Québec.

À l'opposé, Montréal est une nébuleuse où se mêlent : collusion entre entrepreneurs privés; contrôle de la mafia; copinage, pots-de-vin et corruption impliquant des fonctionnaires et possiblement des élus; fraudes et malversations; aveuglement volontaire et culture de laxisme; financement politique illégal pouvant aller jusqu'à des élections clés en main, etc.

Même en y mettant toute la mauvaise foi possible, on ne peut pas trouver de scénario comparable pour Québec. Ne serait-ce que par l'absence d'une mafia italienne organisée.

Je n'ai pas entendu de rumeurs de corruption systémique dans la région de Québec. Cela ne prouve rien, mais c'est un indicateur. Dans un contexte où tout le monde est l'affût de la corruption, il me semble qu'on finirait par entendre du bruit.

Il y a pourtant au moins deux thèmes de la commission Charbonneau pour lesquels la preuve est faite que Québec est directement concernée ou l'a été :

? la collusion d'entrepreneurs privés;

? le financement de partis politiques par des entreprises.

1) Les «meilleures» histoires de collusion remontent au milieu des années 90. Cinq entreprises compromises dans un cartel pour fixer les prix du béton et huit pour celui du déneigement.

Dans les deux cas, la Ville n'avait rien vu, et ce sont des enquêtes du Soleil qui ont révélé les faits.

J'ai retrouvé ce commentaire du directeur général de l'époque, Denis de Belleval, au lendemain de la publication de juillet 1995.

«Il n'y a pas que le béton. C'est la même chose dans l'asphalte et les travaux publics en général. On voit des soumissions qui n'ont pas de bon sens. D'autres qui changent du jour au lendemain...

La construction, c'est pas pour les gens qui ont les genoux faibles, ou ceux qui n'ont pas les yeux clairs.»

M. de Belleval explique aujourd'hui qu'il s'agissait de «remarques générales qui ne visaient pas nécessairement la Ville».

Peut-être pensait-il au ministère des Transports, qu'il avait dirigé avant d'arriver à la Ville.

Ce qui ne donne pas de réponse à cette question : si le système était connu, comment la Ville a-t-elle pu ne rien voir?

Rien vu, n'est-ce pas aussi ce que dit le maire de Montréal?

2) Le maire Labeaume a souvent exprimé son malaise sur le financement des partis politiques.

Encore il y a quelques jours : «Il va falloir absolument qu'on revoie le financement des partis politiques. On n'a pas besoin de tant d'argent.»

Cela fait sourire. C'est plus facile à dire maintenant qu'il est au pouvoir et jouit d'une grande visibilité média. Et si son parti n'a plus besoin d'autant d'argent, personne ne l'oblige à tenir des cocktails de financement.

Mais, pour être honnête, il faut se souvenir que M. Labeaume parlait du financement des partis bien avant d'être élu.

C'est d'ailleurs à cette époque, en 2005, alors il tentait d'obtenir la direction du Renouveau municipal, qu'il avait été le plus explicite :

«Il y a des gens qui m'ont approché pendant la course à la chefferie. Ils étaient prêts à investir dans ma candidature si j'avais de la mémoire. [...] Je me suis aperçu qu'il peut être très facile de se mettre dans le pétrin.»

M. Labeaume en avait profité pour dénoncer l'hypocrisie du monde municipal à l'égard du financement illégal des partis par des entreprises.

«Ben voyons donc. Tout le monde sait ça. Il faut arrêter de jouer à l'autruche. C'est ça que je hais : il y a des gens qui mentent.»

Il y a le grand banditisme décrit ces jours-ci à Montréal. Et partout ailleurs, des liaisons dangereuses. Des règles de droit et d'éthique que tranquillement on étire. Sur le financement des partis notamment.

Je ne dis pas que la corruption est partout. Mais que le dérapage devient possible partout. Surtout lorsqu'il n'y a pas de contrôle et pas de volonté ferme des pouvoirs publics de l'empêcher.

J'emprunte pour conclure à Denis de Belleval : «Au début, c'est les petits mononcles et le petit copinage; à terme, c'est la mafia.»

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