«Croustillant», mais scandaleux

Partager

(Québec) Le procureur en chef de la commission Charbonneau, Sylvain Lussier, nous avait promis des faits «croustillants». Il a tenu parole, mais on ne croyait pas apprendre des faits aussi scandaleux. Les révélations de Lino Zambito voulant qu'une quote-part de 3 % des contrats de construction donnés par la Ville de Montréal était destinée au parti politique du maire Gérald Tremblay constituent une véritable bombe. «Trois pour cent, c'est plus que ce que réclamait la mafia, s'est exclamé Richard Bergeron, le chef de Projet Montréal. Il faut le faire!»

Ce qui est le plus étonnant dans tout ça, c'est que les preuves qui ont conduit au témoignage de Lino Zambito sont le fruit de l'opération Colisée de la Gendarmerie royale du Canada et non de l'opération Marteau mise sur pied par le gouvernement Charest. L'opération Colisée ne portait pas sur la construction, et elle a pris fin en novembre 2006. Ce sont ses enregistrements vidéo qui ont démontré le système de collusion en cours dans la construction. Cela veut dire que cette collusion et la corruption qui avaient cours à Montréal auraient été mises à jour beaucoup plus tôt si le gouvernement Charest n'avait pas tardé autant à déclencher la commission Charbonneau.

Il est important de signaler ici que les révélations de Lino Zambito devront être confirmées. Mais s'il a dit la vérité, ce n'est pas seulement Montréal, mais toutes les municipalités dans la couronne sud et nord de la métropole qui ont été victimes d'un système de collusion. Zambito a précisé lundi que la mafia n'était pas impliquée dans les contrats de la Ville de Laval et du ministère des Transports, mais que d'autres «mécanismes» étaient en place. Il a révélé plus tard que Vito Rizzuto avait arbitré un différend entre sa compagnie et celle de Tony Accurso sur un contrat du ministère des Transports. Des contrats, a-t-il dit, que se partageait une «clique».

À Montréal, la collusion a été rendue possible grâce à la complicité d'au moins quatre employés municipaux corrompus.

La commission ira voir dans les autres municipalités ainsi qu'au ministère des Transports du Québec. Sans présumer des résultats de ces enquêtes, il apparaît évident que s'il y a eu collusion ailleurs qu'à la Ville de Montréal, cette collusion n'a pu s'instaurer et durer sans des complicités à l'interne. C'est d'abord ces questions que la commission Charbonneau devra élucider.

Il faudra établir ensuite quelle est la responsabilité du monde politique dans cette corruption érigée en système. Les politiciens ont-ils fermé les yeux malgré les soupçons? Certains d'entre eux en ont-ils profité? Selon Zambito, tout le monde parmi les entrepreneurs et les fournisseurs était au courant de ces stratagèmes. Il a parlé «d'aveuglement volontaire et de tolérance» de la part des autorités municipales.

La réaction du maire Gérald Tremblay, lundi, n'est certainement pas à la hauteur des exigences de son poste. Interrogé sur les affirmations de Zambito touchant son parti politique, M. Tremblay n'a même pas dit qu'il demanderait une enquête interne. Après tout, c'est lui le chef d'Union Montréal! À la place, il s'est campé dans un «pas de commentaires», après avoir déclaré qu'il faudrait attendre les résultats de la commission Charbonneau. Cette commission doit remettre son rapport dans un an, peut-être davantage. Faudra-t-il attendre les élections municipales de novembre 2013 pour faire comprendre au maire Tremblay qu'il n'a pas été à la hauteur de ses responsabilités?

Partager

lapresse.ca vous suggère

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

publicité

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer