Ou alors, vous vous retrouviez avec Pierre Desproges, qui disait, entre deux blagues sur son cancer des os : «On peut rire de tout, mais pas avec n'importe qui».
Mais aujourd'hui, rien ne va plus.
Quelque part entre ces deux pôles, telle une étoile dont on continue de voir la lumière bien après son extinction, il y a la chanteuse Madonna.
Lundi, la Madone s'est adressée à son public, durant un spectacle à Washington. «Vous feriez mieux d'aller voter pour Obama, hein? [...] On a un musulman noir à la Maison-Blanche. Ce n'est pas rien, quand même.»
Pour elle, il s'agissait d'une remarque ironique. Madame n'a jamais caché sa sympathie pour Barack Obama.
Sauf que le tiers des Américains croient que Barack Obama est VRAIMENT musulman. Pour certains, le président commet ainsi une véritable trahison!
Alors la blague de Madonna a suscité autant d'enthousiasme qu'une pluie de harengs faisandés dans un gala de manucure où tout le monde est vêtu de blanc.
Loin de moi l'idée d'accabler Madonna.
L'ironie est à l'humour ce que le plus-que-parfait du subjonctif est à la conjugaison française. Un vrai casse-gueule.
Soit l'auteur s'attire des oh! et des ah! d'admiration, soit il s'écrase avec toute la grâce d'Obélix faisant la bombe dans une piscine remplie de viande de sanglier en sauce passée au mélangeur.
Le pire, c'est que l'ironie est souvent involontaire. Comme dans cette lettre d'un citoyen français à la sécurité sociale : «J'espère que vous aurez pitié d'un pauvre homme qui a six enfants à manger plus sa femme et sa belle-mère.»
Quoi qu'il arrive, il n'y a pas de retour en arrière possible.
Rien à voir avec le Tour de France, qui s'affaire à réécrire le classement de l'épreuve tenue en... l'an 2000. Au fil des ans, les sept premiers ont été plus ou moins disqualifiés pour des affaires de dopage. Pour l'instant, la victoire reviendrait au détenteur du huitième rang.
Mais peut-être pas pour longtemps. Le malheureux a fréquenté un docteur que l'on surnommait «Le Diable».
À long terme, on lui donne autant de chance qu'une boule de neige en enfer.
Ne me regardez pas avec le regard de celui qui croit deviner la présence d'un scarabée au fond de son verre de lait.
Il fut un temps où les mauvaises langues se permettaient toutes sortes de blagues de mauvais goût sur Madonna. Du genre : «J'aimerais qu'on joue de la musique de Madonna à mes funérailles. Comme ça, je serai moins désolé d'être absent. Et les invités sauront qu'il y a pire que la mort.»
À peu près à la même époque, le gouvernement libéral de Robert Bourassa avait instauré une taxe rétroactive. Et le Parti québécois criait au scandale, à un geste immoral.
Aujourd'hui, les temps ont changé. Madonna est perçue comme une légende. Du côté politique, c'est le PQ qui propose un impôt rétroactif, et ce sont les libéraux qui déchirent leur chemise devant une mesure jugée impensable.
Je ne sais pas pour vous. Mais il me semble que c'est un peu ironique.
Ne dévions pas du sujet.
Au final, êtes-vous du genre «provoc'» ou plutôt du genre «on rit de tout, mais pas avec n'importe qui»?
Après tout, nous vivons une époque formidable, mais un peu inquiétante, dans laquelle le tiers des Américains croient que Barack Obama est musulman.
Il n'est pas sûr que votre humour y changera quelque chose. Que vous vous appeliez Madonna ou Coco le clown.
Le symbole de notre temps, c'est l'histoire d'une dame ayant entendu à la radio qu'une voiture se déplace en sens contraire, sur l'autoroute qui ceinture la ville.
Comme son mari doit se trouver sur les lieux, elle lui donne un coup de fil.
- Fais attention, je viens d'entendre qu'il y a une voiture qui circule en sens contraire sur l'autoroute.
- Une seule? Tu veux rire, lui répond le gars. Il y en a des centaines!