Il y a pourtant une sortie de secours honorable à cette impasse, parce que rien n'oblige le gouvernement Marois à abolir la taxe santé aussi tôt. L'engagement du Parti québécois (PQ) sur cette question a été pris en février dernier, mais personne ne connaissait alors la date des élections. À l'époque, Mme Marois ne s'était pas engagée à abolir la taxe santé avant la présentation de son premier budget.
Il serait tout à fait légitime, de la part de son gouvernement, de maintenir la hausse prévue pour cette année par les libéraux, et d'annoncer son remplacement par d'autres mesures fiscales dans le discours du budget que le ministre Nicolas Marceau déposera en février.
Personne ne pourrait reprocher au parti au pouvoir de ne pas tenir sa promesse. Plus important encore, personne ne pourrait reprocher au gouvernement d'avoir floué les Québécois pendant la campagne électorale en leur cachant son intention d'imposer une hausse rétroactive des impôts pour abolir la taxe santé avant la fin de l'exercice financier en cours.
Le report au prochain budget de cette promesse aurait un autre avantage : il donnerait au ministre Nicolas Marceau une meilleure marge de manoeuvre pour atteindre l'équilibre budgétaire, comme il s'est engagé à le faire. Son défi d'ici la fin de l'année en cours est suffisamment grand sans qu'on y ajoute un manque à gagner de 1 milliard $ avec l'abolition de la taxe santé.
En plus d'un dépassement des dépenses de plus de 800 millions $, M. Marceau doit également trouver les fonds nécessaires pour combler le manque à gagner créé par l'abolition de la hausse des droits de scolarité et compenser les universités. Il doit également envisager une diminution des rentrées fiscales prévues dans le budget, en raison du ralentissement économique constaté cette semaine par l'Institut de la statistique du Québec.
Bref, le gouvernement Marois a suffisamment de défis à relever d'ici la fin de l'année, sans en remettre. Son intention des derniers jours de décréter une hausse rétroactive des impôts n'a jamais été discutée pendant la campagne électorale et force ses députés à défendre aujourd'hui une décision sur laquelle ils n'ont jamais été consultés. La chef du PQ fait ici une erreur semblable à celle qu'elle avait commise en donnant son appui au projet de loi 204 du maire Régis Labeaume, sans en avoir au préalable discuté avec les membres de son caucus.
Le cafouillage n'est pas inhabituel après l'élection d'un nouveau gouvernement. Personne n'en voudra à Pauline Marois de reporter sa hausse d'impôts au premier budget de son ministre des Finances, Nicolas Marceau. C'est d'ailleurs à l'occasion de ce premier budget que le gouvernement devrait subir son premier véritable test, et non pas à l'occasion d'une motion de confiance sur une seule mesure budgétaire cet automne.
Ce premier budget donnera au gouvernement Marois l'occasion de présenter un portrait complet de la situation et de ses intentions. Les Québécois seront alors plus en mesure d'en mesurer le sérieux et de lui accorder ou de lui retirer leur appui.
Mme Marois a le choix : une sortie de secours honorable ou un cul-de-sac budgétaire et politique.