Ensoleillé avec passages nuageux

Malgré le retour aux traitements de chimiothérapie, Julie... (Photo Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

Agrandir

Malgré le retour aux traitements de chimiothérapie, Julie Gravel-Richard avait l'air radieuse, avec sa belle tignasse brune, intacte. Là est presque son plus grand malheur: ne pas avoir l'air malade.

Photo Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

Partager

Mylène Moisan

(Québec) Sur la petite table à côté de son récamier, Julie Gravel-Richard a posé un livre: Je t'écrirai encore demain. C'est ce qu'elle fait dans la vie, écrire. Elle a publié un roman, planche sur un deuxième. Elle aimerait bien le terminer, mais elle ne sait pas si, demain, elle pourra encore le faire. Julie a une tumeur au cerveau.

Elle ne vous dira pas que c'est une bonne chose, mais c'est tout comme. «Une peine d'amour, c'est pire que ça, parce qu'une peine d'amour, ça nous ramène à soi, on peut rejouer le film sans cesse pour voir ce qu'on aurait pu faire de différent. La maladie, elle est là, elle fait partie de notre vie.»

Ça fait 10 ans que cette grenade est dans sa vie. C'était juste avant son deuxième accouchement, à 28 ans. Un violent mal de bloc, une batterie de tests, puis, le diagnostic: une tumeur logée dans son hémisphère gauche, embrassant la zone dont elle se sert le plus, d'où émergent la parole, l'écriture et la lecture. Une tumeur tranquille, mais une tumeur quand même.

Elle a somnolé pendant quatre ans, s'est réveillée en 2006. Julie a décidé que l'intruse n'aurait pas le dessus, elle a créé un blogue au nom sans équivoque, Soleil en tête, avec l'idée un peu saugrenue de montrer les bons côtés de la maladie. Ou du moins que la vie continue malgré elle. Avec elle.

Elle raconte au jour le jour sa survivance, l'amour qu'elle a pour sa mère, son chum, ses enfants. Sa volonté de fer, son besoin de faire du bien autour d'elle. Elle vient d'ailleurs de publier un concentré de Soleil en tête. Ça se lit tellement bien qu'on en oublie le drame qui se terre entre les lignes.

Après 12 mois de chimio, la tumeur s'est assoupie. Mais elle était toujours là, tapie dans son aire de Broca. Julie a recommencé à enseigner l'histoire au Cégep Garneau, à s'étourdir de projets, à faire comme si de rien n'était. Elle a retrouvé sa vie d'avant, mais pas le plaisir qui venait avec. Pendant ses traitements, elle avait ralenti, s'était donné le droit à la lenteur, avait ironiquement appris à vivre mieux.

Pas assez.

La tumeur s'est réveillée en février.

Ça fait six mois qu'elle a recommencé la chimio, qu'elle a renoué avec les nausées, la fatigue, l'essoufflement. Et qu'elle s'est redonné le droit de dire non. Je l'ai rencontrée lundi entre deux cycles de traitement, sept jours de répit séparant des séances de 21 jours de bombardement. Elle avait l'air radieuse, avec sa belle tignasse brune, intacte. Là est presque son plus grand malheur: ne pas avoir l'air malade.

Même son chum oublie parfois le combat qu'elle livre.

Elle a repris son blogue. Elle montre aux autres le soleil qui brille, garde pour elle celui qui brûle. «Je ne suis pas parfaite, j'ai aussi quelques moments d'abattement», qu'elle m'a dit comme pour s'excuser d'avoir peur, d'imaginer le pire, la fin, la mort. Elle ne sait pas jusqu'à quand elle verra grandir ses deux gars. Ce qu'elle sait, c'est qu'elle se battra jusqu'au bout, avec son beau grand sourire.

«J'aime bien l'image du tournesol, qui peut s'apitoyer sur lui ou se tourner vers le soleil. J'ai choisi de me tourner vers le soleil.» Elle anime son blogue avec presque autant d'énergie que la première fois. Avec l'énergie de l'espoir, du moins. C'est plus difficile avec la rechute. «Je ne perds pas mon soleil en tête, mais je dois travailler plus fort. La peur est plus grande, différente, plus sourde.»

Au printemps, elle est allée à Rome avec ses cégépiens, pour un voyage d'études qu'elle avait organisé avant la rechute. Son oncologue lui a donné le feu vert pour arrêter de prendre ses comprimés de chimio le temps d'aller là-bas. D'autres auraient mis une croix là-dessus. «Je ne suis pas courageuse, c'est ma vie. J'ai quand même le sentiment d'avoir eu droit à une certaine part de bonheur.»

C'est troublant de voir une condamnée à mort mordre autant dans la vie. «On peut être un exemple, même avec notre mort. Même si on ne guérit pas physiquement, on peut guérir sa vie et aider les autres à guérir la leur.»

Victor et Augustin ont beaucoup de chance d'avoir une mère comme Julie. Ils auront le malheur de la perdre trop tôt, mais elle aura eu le temps, au moins, de leur montrer qu'il faut affronter toutes les tempêtes, même quand ça vente en dedans.

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

publicité

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer