Le policier en question, Vinitio Sebastiano, a fait de l'écoute électronique pendant un an et il a passé ensuite deux ans à écouter les conversations enregistrées des mafieux montréalais au début des années 2000. Son travail s'inscrivait dans le cadre de l'opération Colisée, qui a mené à l'arrestation et à la mise en accusation de 91 personnes, dont six dirigeants du clan Rizzuto, en 2006. Fait intéressant, le caporal Sebastiano a dit n'avoir jamais entendu parler de financement des partis politiques pendant ces trois années. C'est donc ailleurs que ça se passe, si ça se passe!
Mais le policier a vu six entrepreneurs en construction, dont Tony Magi et Frank Catania, aller porter de l'argent au Club social Consenza, où la famille Rizzuto menait ses activités. Il a présenté une longue liste de visiteurs à ce club, mais il n'a pas été en mesure de dire lesquels, parmi tous ces gens, avaient des liens directs ou indirects avec la construction. Ce n'était pas son mandat pendant l'opération Colisée. À la demande de la présidente France Charbonneau, il a accepté de collaborer avec les enquêteurs de la commission pour préciser les activités professionnelles de tous les visiteurs du Consenza. Les noms de Magi et de Catania ne sont pas nouveaux dans l'univers du monde interlope, mais la commission Charbonneau aimerait savoir si on a vu des ingénieurs, architectes ou autres visiter également les mafieux au Consenza.
On voit dorénavant beaucoup mieux où s'en va la commission Charbonneau. Elle cherche d'abord à bien identifier les gens liés à la mafia montréalaise impliqués dans le milieu de la construction, pour fouiller ensuite la nature de leurs activités en lien avec les municipalités ou les ministères. On a appris mardi, de la bouche de l'enquêteur Sebastiano, que la GRC a des milliers d'heures d'écoute électronique qui peuvent concerner la construction, mais qu'elle n'a pas analysées parce que ce n'était pas le but de son enquête dans l'opération Colisée. La commissaire Charbonneau a demandé accès à ce matériel.
La hausse d'impôts rétroactive
Un mot en terminant sur la déclaration du ministre des Finances, Nicolas Marceau, qui a dit mardi qu'il avait toujours été clair, dans son esprit, que l'abolition de la taxe santé impliquerait une hausse d'impôts rétroactive en 2012.
M. Marceau avait peut-être compris, mais pas ses collègues. Vendredi dernier, quand j'ai posé la question au bureau de Pauline Marois, on m'a d'abord répondu que le manque à gagner de 1 milliard $ serait comblé dans le budget de l'an prochain. On n'avait pas compris que ce budget (2013-2014) comblerait le manque à gagner en 2013 et ne réglait pas celui de 2012. Il a fallu quatre heures au bureau de Mme Marois pour vérifier et me revenir avec la confirmation que la hausse d'impôt devrait porter sur 2012 et serait donc rétroactive. Si le bureau de Mme Marois n'avait pas compris avant vendredi dernier, on voit mal comment les électeurs québécois auraient pu comprendre pendant la campagne électorale. Personnellement, je suis convaincu que même Mme Marois n'avait pas compris cette conséquence lorsqu'elle a promis d'abolir la taxe santé dès cet automne, pendant sa conférence de presse de jeudi dernier.