Ce dernier riait presque aux éclats de sa bonne blague, au Parlement comme en conférence de presse, en expliquant les paramètres de la nouvelle entente diplomatique avec la Grande-Bretagne.
En résumé, a-t-il dit, il n'y a rien là, le Canada maintiendra «sa propre politique étrangère fondée sur des principes».
Les Britanniques, eux, avaient coulé la vérité, avant même la visite chez nous de l'homologue de M. Baird, William Hague, en évoquant des «valeurs communes». Son premier ministre, David Cameron, parlait déjà l'an dernier de deux nations sous une monarchie commune.
Nos deux pays partageront donc des ambassades et des consulats, en commençant par Haïti et la Birmanie. L'annonce d'hier n'a rien d'innocent.
Le Daily Mail de Londres propose une explication différente de cette initiative. Pour ce journal classé conservateur, la Grande-Bretagne cherche à étirer son réseau diplomatique d'abord et avant tout pour contrer la présence internationale de l'Union européenne.
Le ministre Hague, qui a bien sûr nié cette analyse, et son premier ministre participent au grand mouvement d'euroscepticisme à la mode chez eux. Son gouvernement se sent plus près des pays du Commonwealth comme le Canada et l'Australie que du reste de l'Europe.
M. Baird a beau dégonfler les premières interprétations, on ne prête qu'aux riches. Qu'un tel rattachement contredise un volet majeur de la politique canadienne ne semble pas émouvoir nos monarchistes ressuscités.
Car, pas plus tard que la semaine dernière, Ottawa s'inquiétait de voir l'arrivée au pouvoir du Parti québécois nuire aux négociations sur le libre-échange avec l'Europe. Oui, avec cette même Europe damnée des Britanniques.
Alors, si nous voulons nous rapprocher de l'Union européenne, pourquoi aidons-nous la Grande-Bretagne à la neutraliser par la porte arrière?
Nous pensions le dossier de la souveraineté canadienne clos, mais non : les conservateurs recréent un monde impérial à un rythme effréné.
Après leur réinterprétation de la guerre de 1812 et l'affichage général du portrait de la reine, le gouvernement en remet, cette fois en s'accrochant aux basques du Foreign Office londonien, comme dans le bon vieux temps.
Concrètement, le Canada assure déjà les services consulaires pour les Australiens dans nombre de pays africains francophones, en retour du même service en notre faveur dans certains pays du Pacifique Sud et de l'Océanie.
Cet échange de bons procédés entre pays de même calibre se justifie parfaitement.
Mais avec la Grande-Bretagne, nous passons à un tout autre registre. Oublions le prétexte de la langue commune : nous en partageons une avec la France, me semble-t-il.
Mais il ne viendrait à l'esprit de personne ayant toute sa tête de sous-traiter notre diplomatie au pays de François Hollande ou de Nicolas Sarkozy avant lui.
Et puis, dernière observation : dans cette grande marche en arrière, pourquoi ne demanderait-on pas à Notre Majesté la reine de nous accorder un strapontin au sein de sa représentation au Conseil de sécurité des Nations Unies?
Nous trouverons évidemment un conservateur québécois pour nous vanter les avantages de la nouvelle initiative bilatérale. À la question qui taraude les francophones, il nous répondra entre autres que l'entente de 1986 avec l'Australie prévoit même des services bilingues.
Le préposé ministériel à la traduction oubliera toutefois de nous rappeler que le Commissaire aux langues officielles a donné la note «E» au ministère des Affaires étrangères en 2009-2010, soit «très faible». Ça promet.