Du boulot pour les banquettes

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(Québec) Soumis à la férule de leurs chefs, les députés expriment rarement leurs opinions personnelles. Mais voilà que cette semaine, la parole leur appartient, du moins dans le camp conservateur.

Stephen Harper, conscient de la nécessité de revoir le régime de retraite des parlementaires alors qu'il demande aux Canadiens de travailler plus longtemps et à la fonction publique de réduire ses avantages, leur a demandé de donner l'exemple.

Je ne vous inonderai pas de chiffres, chacun son métier et je ne suis pas actuaire. Sachez simplement que les députés jouissent d'un excellent régime après six ans de vie parlementaire.

Les plus chanceux peuvent toucher jusqu'à 75 % de leur salaire de 157 731 $ à partir de 55 ans.

Plus encore, leur contribution y est imprécise, mais minime, alors que le dernier budget prévoit la relever à 50 %, tout comme pour les autres salariés de l'État.

Certains grognent et se chamaillent sur les éventuelles modalités de la réforme, au risque d'attiser des accusations de mauvaise foi.

Les députés doivent toutefois agir même dans leur position délicate : seuls

308 Canadiens peuvent décider eux-mêmes de leur régime de retraite, et ce sont eux. Ça sent le conflit d'intérêts à plein nez.

Et aussi, je leur conseille de jeter un coup d'oeil sur les retraites du secteur privé, question de bien mesurer leurs privilèges actuels. Car toute réforme entrera en vigueur seulement après les prochaines élections, bien entendu.

Mais, car il y a toujours un mais, même dans un monde pavé de bonnes intentions, il ne faut pas prendre prétexte d'un ajustement essentiel pour considérer les politiciens présents et futurs comme de purs profiteurs.

Je n'ai connu aucun candidat dont l'objectif premier était de se monter une retraite à nos frais. Nous voulons des députés compétents, responsables, dévoués.

Telle était d'ailleurs la raison première de la création de leur régime de retraite, en 1952 : attirer les meilleurs candidats possible aux fonctions publiques. Ce motif tient toujours.

Le régime minceur à l'horizon devra lui aussi tenir compte des sacrifices financiers qu'impose très souvent un abandon de carrière personnelle pour servir la population.

Pour tout dire, je ne partage pas l'antiparlementarisme primaire promu au départ par les réformistes, eux qui voulaient niveler par le bas et qui, finalement, ont intégré ce régime tant honni.

Il ne lâche pas prise

Le député ontarien Stephen Woodworth ne lâche pas prise. Malgré l'opposition de M. Harper, qui refuse de reprendre le débat sur l'avortement, cet élu plus que conservateur aura une autre heure de gloire, demain, à 13h30.

Les Communes discuteront en effet une dernière fois de sa motion voulant qu'un comité parlementaire étudie l'origine de la vie, ou presque.

Le Code criminel veut qu'«un enfant devient un être humain [...] lorsqu'il est complètement sorti, vivant, du sein de sa mère». M. Woodworth a notamment l'appui de l'Église catholique, qui invitait cette semaine la population «à prier pour que nos législateurs reçoivent la sagesse et le courage» de soutenir cette proposition, lors du vote prévu mercredi prochain.

Les groupes pro-vie veulent «étudier» cet article, disent-ils. Le député lui-même admet que le but ultime de cette manoeuvre dépasse la simple étude sémantique. Il veut restreindre le droit des femmes à décider de leur sort.

M. Harper, au-delà de ses convictions personnelles, a vu clair. Un nombre inconnu de ses députés voteront selon leurs convictions, avec peut-être l'appui de quelques libéraux.

M. Woodworth ne gagnera sans doute pas, reconnaît-il lui-même. Mais le décompte du vote nous éclairera sur l'état d'esprit de ses collègues.

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