Les libéraux en quête d'un Messie

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(Québec) Les libéraux sont à la recherche d'un sauveur. Et pour plusieurs d'entre eux, c'est Philippe Couillard qui incarne le mieux ce rôle. Quelques ministres et députés se sont déjà rangés de son côté. Même si ce n'est pas confirmé, Sam Hamad mène une campagne active en sa faveur.

Philippe Couillard ne sera pas seul sur la ligne de départ. L'organisation de Pierre Moreau est également très avancée et aurait l'appui du quart des membres du caucus libéral. L'annonce officielle de ces deux candidatures pourrait se faire aussi tôt que la semaine prochaine, à tout le moins pour Moreau. Il est important de faire ces annonces rapidement pour éviter que les militants n'aient des doutes sur la capacité de l'un ou l'autre candidat de trouver des appuis.

Le choix d'un leader est un exercice risqué. On y oppose généralement le besoin du renouvellement à l'expérience des élus en place. C'est un choix déchirant auquel les libéraux n'échapperont pas si la course se fait entre Philippe Couillard et Pierre Moreau.

Même s'il est tôt dans la course, plusieurs apparatchiks importants du parti affichent un préjugé favorable pour Couillard ou prédisent que c'est lui qui l'emportera. «Il a la notoriété et la maturité requises, m'a expliqué jeudi un stratège, en ajoutant que la population a une bonne perception de l'ancien ministre de la Santé. «L'inconvénient, a-t-il ajouté, c'est qu'il n'a pas été en contact avec le caucus au cours des dernières années, alors que des ministres comme Raymond Bachand et Pierre Moreau ont une bonne adhésion du caucus.»

C'est justement le point que font valoir les partisans de Pierre Moreau. Recruté par Jean Charest et élu en 2003, Moreau n'a pas abandonné le navire libéral après sa défaite de 2007. Il a servi dans les cabinets et s'est porté à nouveau candidat aux élections suivantes. Il a été élu en 2008 et réélu le 4 septembre dernier.

Philippe Couillard a été élu en 2003. Il a quitté la politique le 25 juin 2008, alors que le gouvernement Charest était minoritaire. En privé, il avait alors invoqué ses obligations familiales et la nécessité de se tourner vers des activités professionnelles plus payantes. Ministre de la Santé, il a impressionné ses collègues mais il a vécu des frictions à l'interne autour de l'emplacement du centre hospitalier universitaire de Montréal. On lui prêtait déjà l'intention de remplacer Jean Charest et il jouissait de l'appui de l'ancien ministre Marc-Yvan Côté. Durement critiqué par la commission Gomery, M. Côté ne sera pas de l'organisation de M. Couillard cette année.

Malgré son départ de la politique en 2008, plusieurs libéraux estiment que le retour de Couillard serait bien perçu par la population. Il n'était pas là quand les accusations de corruption ont fusé à l'endroit du gouvernement Charest. Ses partisans font valoir son intelligence et sa force de persuasion. Ils reconnaissent par ailleurs qu'il n'a pas la chaleur d'un Jean Charest dans les rencontres avec le public ou les militants.

L'équipe de Pierre Moreau fait valoir les talents organisationnels de son candidat et son implication avec les militants. Ils misent notamment sur les jeunes libéraux qui compteront pour le tiers des votes lorsque arrivera le moment d'élire les délégués au congrès. Ils rappellent que Robert Bourassa est parti au troisième rang derrière Claude Wagner et Pierre Laporte au leadership de 1970. Le recrutement de nouveaux militants serait déjà commencé dans certains milieux.

Pierre Moreau et Philippe Couillard seront-ils seuls dans la course? Les autorités du parti aimeraient bien voir trois ou quatre candidatures. Mais l'hésitation de Raymond Bachand après le désistement de Sam Hamad et de Lise Thériault semble indiquer qu'il n'y aura pas foule au portillon. Pierre Paradis laisse flotter son nom, mais on estime qu'il va plutôt offrir ses appuis à l'un ou l'autre candidat. Selon les stratèges libéraux, cette course à la direction pourrait coûter entre 200 000 $ et 500 000 $ à chacun des candidats. Le financement sera soumis aux nouvelles règles de la loi, ce qui implique donc un maximum de 1000 $ par personne par année. Transparence oblige, tout le monde voudra se soumettre à une divulgation exemplaire de sa liste de donateurs. Pas question de se retrouver devant la commission Charbonneau!

Le syndrome Turner

Si l'histoire doit servir de leçon aux libéraux du Québec, elle n'est guère prometteuse. Dans la plupart des cas récents, les partis politiques ont fait de graves erreurs dans leurs recherches d'un sauveur.

- Quand Pierre Trudeau annonce sa démission, en 1984, les libéraux fédéraux sont tellement certains d'avoir trouvé leur Messie en la personne de John Turner que la quasi-totalité du caucus se range derrière l'ancien ministre des Finances qui a quitté la politique neuf ans plus tôt. Turner gagne le leadership devant Jean Chrétien, mais il subit une défaite humiliante devant Brian Mulroney. Les libéraux se tournent vers Chrétien qui va les reporter au pouvoir pendant une décennie.

- Quand Brian Mulroney quitte la politique, en 1993, les conservateurs pensent avoir trouvé la recette magique en présentant une femme contre Jean Chrétien, en la personne de Kim Campbell. Appuyée par la direction du parti, Mme Campbell l'emporte contre Jean Charest mais elle échoue misérablement aux élections. Les conservateurs se retournent vers Jean Charest.

- Quand Robert Bourassa quitte la direction du PLQ après sa défaite de 1976 aux mains de René Lévesque, les libéraux tentent de se refaire une virginité en préférant Claude Ryan à Raymond Garneau au leadership de 1978. Ryan est battu aux élections de 1981. Les libéraux reviennent vers Robert Bourassa qui les reporte au pouvoir en 1985.

- Quand Bernard Landry démissionne, en 2005, les péquistes préfèrent André Boisclair à Pauline Marois parce qu'il incarne la jeunesse et qu'il promet un renouvellement du parti. Boisclair est battu aux élections de 2007. Les péquistes se tournent vers Pauline Marois. Elle vient de les ramener au pouvoir.

S'il y a une leçon à tirer de cette histoire, c'est que la survie et le renouvellement des partis politiques ne passent pas souvent par les sauveurs de l'extérieur. Jean Charest est une exception à la règle, mais il a dû attendre cinq pénibles années et subir une défaire électorale aux mains de Lucien Bouchard, en 1998, avant de ramener le PLQ au pouvoir. Pauline Marois a également patienté pendant cinq ans et subi la défaite aux mains de Jean Charest en 2008, avant de prendre le pouvoir cet automne.

Quel que soit le prochain leader du Parti libéral du Québec, il doit s'attendre lui aussi à subir le test du temps, une pénible traversée du désert sur les banquettes de l'opposition, et peut-être même une défaite électorale.

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