Marois n'a pas le droit de décevoir

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(Québec) Si Pauline Marois participe aux réunions annuelles du Conseil de la fédération, l'organisme créé à l'initiative de Jean Charest sera tout près de la parité hommes-femmes. Elle y rejoindra ses homologues Christy Clark de la Colombie-Britannique, Alison Redford de l'Alberta et Kathy Dunderdale de Terre-Neuve. Quatre femmes, six hommes... il ne manquera plus qu'une élection favorable aux femmes pour y établir la parité. Ce serait un pas de plus dans la progression des femmes au sein des institutions gouvernementales.

Ces moments de l'histoire constituent un fardeau supplémentaire pour ceux qui les portent. Tout comme Barack Obama, le premier Noir à accéder à la présidence des États-Unis, Pauline Marois se sent très certainement un devoir de réussite à titre de première femme à occuper le poste de premier ministre du Québec.

«Sincèrement, je souhaite qu'elle réussisse», déclare Monique Jérôme-Forget, qui estime que «l'échec est beaucoup plus mal vu venant d'une femme que d'un homme». Elle confie avoir «engueulé certains amis péquistes comme du poisson pourri» lorsqu'ils lui disaient que jamais ils ne voteraient pour Pauline Marois. «Je leur répondais qu'il y a là une femme extrêmement compétente.»

Line-Sylvie Perron, qui a été chef de cabinet de Bernard Landry, estime elle aussi que Mme Marois n'a pas le droit à l'échec. «Peu importe qu'on pense comme elle ou pas, il ne faut pas qu'elle nous déçoive, parce qu'on va le porter longtemps. On va se faire dire : "On sait bien, on les a essayées, les femmes, et ça n'a pas marché." Si elle déçoit, c'est toutes les femmes qui devront porter un peu de cette déception. Dans ce sens-là, elle a une très lourde responsabilité qu'aucun homme n'a jamais eue.»

Line-Sylvie Perron et Monique Jérôme-Forget s'entendent sur un point : les femmes font une véritable différence, et pas seulement en politique.

«Les entreprises qui ont des femmes à leur tête ou dans les conseils d'administration ont de meilleurs résultats», dit Jérôme-Forget. Selon elle, leur présence dans un groupe a pour effet d'instaurer une meilleure discipline. Elle s'amuse à caricaturer les différences. «Vous envoyez votre fille et votre garçon dans un camp d'été... Elle revient avec du linge propre, alors que lui a passé tout l'été avec le même caleçon. Je donne ça à titre d'exemple teinté, mais c'est clair que la présence d'une femme transforme la culture d'une institution et la rend plus conforme à la société dans laquelle nous vivons.»

Line-Sylvie Perron estime que le bagage des femmes, «les maternités, l'éducation des enfants, fait qu'on est plus attentives aux conséquences de nos gestes».

«Une femme ne peut pas se soustraire à ses obligations familiales, surenchérit Jérôme-Forget, alors que pour la majorité des hommes, ça passe après le travail dans l'ordre des priorités.»

Mais peu importe les perceptions, Pauline Marois devrait réussir, estime Mme Jérôme-Forget. «Elle est la première femme première ministre, mais elle a défoncé plusieurs plafonds de verre avant aujourd'hui. C'est une femme de grande expérience et de grands talents. C'est clair qu'elle est dans un environnement difficile avec 54 députés. Elle devra avoir énormément de doigté et faire de grands compromis, et je pense qu'elle sera capable de le faire.»

Line-Sylvie Perron conclut avec une mise en garde. «Les gens font souvent l'erreur de croire que les femmes qui font de la politique sont plus molles, plus indécises. Mais elles peuvent être aussi déterminées et pugnaces. Pauline crée une première, mais on a déjà vu des femmes premières ministres de pays. On est habitué, on a vu ça.»

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