À l'inverse, la sauvegarde obligatoire des données du Registre des armes à feu et leur transfert au Québec font mal aux conservateurs de Stephen Harper. Une première tuile pour ce dernier, donc, dans la nouvelle donne politique.
Le jugement de la Cour supérieure force le premier ministre à ouvrir son jeu envers les péquistes beaucoup plus tôt qu'il le voulait.
«Business as usual», tel était le mot d'ordre du gouvernement Harper à la suite de l'élection de la semaine dernière. Au nouveau gouvernement québécois de montrer ses couleurs, se disait-on.
Mais le juge Marc-André Blanchard a brouillé les cartes.
Le Registre des armes à feu est vu dans le camp conservateur comme une incarnation diabolique destinée à persécuter les honnêtes chasseurs et collectionneurs de tout le pays.
M. Harper ne peut y renoncer sans provoquer de sérieux grincements de dents dans ses rangs. Mais osera-t-il défier un Québec quasi unanime et camper sur son extrémisme à un bien mauvais moment pour lui?
Malicieux, M. Blanchard invoque la décision de la Cour suprême sur la sécession du Québec pour justifier la sienne, signalant que la «majorité politique» doit respecter les principes sous-jacents de la Constitution.
Or, dans le dossier présent, le juge voit dans l'action du gouvernement fédéral «un exercice abusif de [sa] compétence». Il ne saurait se montrer plus clair.
Les conservateurs manifestent depuis toujours un entêtement viscéral et irrationnel à détruire le Registre des armes à feu. Minoritaire, le gouvernement de Stephen Harper s'y engageait d'année en année, mais en vain.
Le vent a tourné le 2 mai 2011. Le Parti conservateur du Canada a finalement aboli le Registre et décidé d'effacer ses données pour éviter de les transmettre aux provinces intéressées.
Il s'agissait là de pure méchanceté dans un contexte on ne peut plus obscurantiste, d'autant plus qu'une claire majorité de Québécois approuvaient son maintien.
Évidemment, Ottawa n'apprécie pas, mais pas du tout, la décision d'hier du juge Marc-André Blanchard, qui contrevient à l'un des piliers de sa politique.
«Nous sommes déçus de la décision rendue aujourd'hui et nous allons l'étudier attentivement», m'a écrit un responsable des communications de M. Harper, Carl Vallée.
«Nous ne souhaitons pas que ce registre des armes d'épaule qui représente un gaspillage d'argent des contribuables se perpétue sous une autre forme», ajoute-t-il.
Le ministre de la Sécurité publique, Vic Toews, a confirmé que le gouvernement analyse la décision dans une déclaration de cinq lignes publiée en anglais d'abord, puis en français plus de deux heures et demie plus tard. Il a 30 jours pour la porter en appel.
Mais signe subtil du nouveau paysage politique canadien, il s'en est pris seulement au Nouveau Parti démocratique, et non au gouvernement du Québec, qui a porté plainte et gagné sa cause.
Je trouverais pour le moins ironique que M. Harper rejette une décision fondée sur le renvoi de la Cour suprême sur la «sécession» du Québec, après avoir mené le combat pour la ligne dure envers les souverainistes.
Lui-même, après tout, se targue de respecter les champs de compétence des provinces, ce qui n'est pas le cas dans ce dossier, a statué le tribunal.
Ironie pour ironie, par contre, que pensez-vous du fait que Pauline Marois invoque cette même décision rendue à la demande de Stéphane Dion pour justifier sa première bataille contre Ottawa?
L'histoire a parfois de ces revirements, disons, inattendus.