Pied de nez à l'insécurité

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(Québec) On était plusieurs à remarquer qu'il y avait tout à coup plus de policiers autour du maire Régis Labeaume et de son visiteur du jour, le maire de Bordeaux, Alain Juppé.

Au moins quatre agents en garde rapprochée et d'autres derrière, prêts à rappliquer. Dans une ville réputée sécuritaire où le maire peut se balader seul quand bon lui semble, le constat était frappant.

Il y avait là l'effet combiné du drame de mardi soir à Montréal, de la présence d'un visiteur de marque et du caractère public des célébrations des 50 ans du jumelage Québec-Bordeaux.

Sans doute la crainte que le geste du Métropolis donne des idées à d'autres. Le risque d'une «émulation maléfique», pour reprendre l'expression du maire Labeaume.

Il y avait probablement aussi un effet de perception et de distorsion. Au lendemain d'une fusillade, l'attention se tourne vers la sécurité. On se met à remarquer des policiers que l'on n'aurait pas vus le jour d'avant.

Comme au lendemain d'un écrasement d'avion, on se met à remarquer et à rapporter le moindre atterrissage d'urgence ou la moindre turbulence.

Jusqu'à ce qu'on oublie, que la vie retrouve sa routine et que les incidents sans conséquence replongent sous les radars.

La question au lendemain des événements du Métropolis : nos élus sont-ils suffisamment protégés? Est-il possible d'empêcher tout attentat contre des élus ou de les mettre à l'abri des gestes d'un désespéré?

Et, surtout, à quel prix?

Je ne parle pas ici d'argent, mais des conséquences sur l'accès aux élus et sur le climat qu'on souhaite entretenir autour de la vie publique.

En regardant les images de l'attentat mardi soir, la première réflexion qui m'est venue, tout de suite après l'incrédulité et la consternation, fut de craindre que s'installe la paranoïa.

Qu'au nom de la sécurité, on tue le naturel et la spontanéité.

Ce qui s'est passé mardi soir à Montréal «nous préoccupe comme service», m'a dit sans surprise le chef de police de Québec, Michel Desgagné, avec qui j'ai discuté un moment.

On pense toujours que ça n'arrive pas ici, dit-il, mais Québec est bien placée pour savoir que cela peut aussi arriver. Il rappelle l'irruption du caporal Lortie à l'Assemblée nationale.

M. Desgagné est de l'école voulant qu'il vaut mieux trop de sécurité que pas assez.

Il a ainsi accru la présence policière lors des grands événements et choisi d'intervenir avec force lors des manifestations étudiantes du printemps dernier.

La police de Québec a préféré faire trop d'arrestations que pas assez. Quitte à ce que les accusations soient rejetées ensuite au tribunal.

Le chef Desgagné ne sera pas plus précis sur les mesures qu'il pourrait déployer à Québec à la suite de l'attentat de Montréal. Ni le maire Labeaume. «S'il y avait des changements, je ne vous en parlerais pas», a-t-il prévenu les journalistes jeudi midi. À moins que ces changements concernent le public.

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L'anecdote en dit long sur la sécurité à Québec. Plus que n'importe quelle déclaration des autorités. Ou n'importe lequel de leurs silences.

Ça se passe jeudi midi. Les maires Labeaume et Juppé viennent de rebaptiser la petite place devant la Taverne Belley, rue Saint-Paul, qui devient la place de Bordeaux.

Sans préavis, les maires conviennent de partir à pied pour leur prochaine destination, l'Hôtel PUR, rue de la Couronne, à 20, 25 minutes de marche.

L'intendance n'a pas le choix et emboîte le pas. Les policiers, pris par surprise, entrent à leur tour dans le cortège.

J'ai suivi aussi.

Vu les maires s'arrêter avec des passants, parler et gesticuler dans toutes les directions, entrer au Largo saluer Gino, repartir.

Je les ai vu brûler des feux rouges pour ne pas attendre les signaux pour piétons; se faufiler entre des voitures en mouvement au mépris de toutes les règles et protocoles.

Un des policiers qui marchaient à côté de moi m'a fait remarquer qu'à Montréal, on donnait des contraventions pour cela.

J'ai trouvé le moment délicieux. Un pied de nez à la lourdeur et à l'insécurité.

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