Une foule presque sombre sans ses lumières rouges clignotantes.
Je ne connais presque rien de Madonna, sinon quelques grands titres. Une collègue m'avait prévenu: il n'y a «rien de profond» dans Madonna. Et moi qui étais venu pour ça.
J'ai compris dès le premier tableau. Un décor d'église, de l'encens, des moines, des gargouilles, l'orage qui tonne dehors, une rafale fait voler les vitraux en éclats.
Madonna, théâtrale, est en scène, une arme à la main. Une arme aussi dans le second tableau, sordide motel sur une route désertique.
L'héroïne affalée sur un sofa empoigne une bouteille de whisky, une rame de l'autre et chante: «Bang, bang shot you dead, shot my lover in the head and I have no regrets.» Les corps roulent, le sang gicle sur l'écran géant.
«Il n'y a rien de profond dans Madonna», m'avait prévenu la collègue. Heureusement. Je n'aurais pas aimé des choses trop profondes. Je trouve ça stressant.
Ce sera la «soirée la plus extraordinaire de votre vie», avait promis l'animateur en début de soirée.
Ça m'a semblé un peu présomptueux, pour ne pas dire prétentieux. Des collègues, plus savants, vous diront mieux que moi si la Madone fut à la hauteur.
Je m'en tiendrai sagement à des choses légères.
QuébéComm a passé samedi le test d'un premier grand spectacle sur les Plaines. Un test réussi. Pas parfait, mais réussi.
La promesse d'éviter la cohue et de rendre l'attente plus confortable a été tenue. Je dirais même au-delà des besoins.
L'assurance de pouvoir entrer sur le site a certainement enlevé de la pression sur les zones d'attente.
Ce fut moins éloquent sur le site. Les critiques habituelles. Rareté des toilettes, foule trop compacte par endroits, angles de vision parfois exigus ou inexistants.
Reste que ce spectacle de Madonna vient de définir de nouveaux standards pour les grands spectacles.
Le Festival d'été ne pourra ignorer ce qui s'est passé hier après-midi dans les aires d'attente. Sinon, c'est le public qui va le lui rappeler.
Le jour et la nuit avec ce qu'on a l'habitude de voir.
Je me souviens des files pour Metallica l'été dernier. Il faisait chaud aussi. Certains auraient tué pour une bouteille d'eau. Ou de bière.
Désordre, promiscuité, déchets, odeurs d'urine dans les rues. La chaleur torride, le désert en ville.
Des spectateurs laissés à eux-mêmes, éprouvés mais sereins, rompus au parcours initiatique du rock.
Ce fut l'autre extrême pour Madonna. Des spectateurs tenus par la main dans une enfilade d'enclos grillagés, maternés, un G.O. sur l'estrade pour dire quand se lever, quand s'asseoir, quand lever les mains, quand danser.
Une armée de serveurs fluo, partout des comptoirs de service: souvenirs, eau, alcool, poutines, fruits frais, etc. Jamais vu tant de diversité.
Une atmosphère de foire commerciale; aucun besoin, primaire ou pas, n'a été laissé pour compte.
Personnellement, j'ai vu beaucoup de clôtures. Je vois toujours trop de clôtures. Même une qui interdisait l'accès au magnifique parc Jeanne-d'Arc et à l'ombre de ses arbres.
Peut-être a-t-on eu un avant-goût de ce que veut dire un spectacle à but lucratif sur les Plaines.
QuébéComm s'est résigné à la dernière minute à laisser les spectateurs passer de petites bouteilles d'eau et de la nourriture.
Entre le laisser-aller total habituel et le contrôle à l'excès, il y a certainement des compromis à trouver.
Suis descendu souper rue Saint-Jean avant de revenir sur les Plaines.
J'ai traversé la Grande Allée, qui a dû faire des records de vente à voir la longueur des files devant les restos.
Salué au passage des constables spéciaux devant l'Assemblée nationale, désoeuvrés depuis que leurs députés sont sur les routes de campagne.
Salué personne au passage dans la rue Saint-Augustin où la Fête Arc-en-ciel se pressait dans un intense 5 à 7.
Des tables de resto dans la rue, des commerces sur le trottoir, des musiciens. Une ville en dehors de Madonna.
Dans une vitrine du deuxième étage, attirant les regards et la concupiscence, un mannequin humain en bobettes jaunes. La vie dans toute la splendeur.
Je croyais avoir pris un moment congé de Madonna. Pas tant que ça à la réflexion.