Le monde politique fédéral, le gouvernement conservateur et le Canada anglais dans son ensemble ont maintenant mis une croix sur leur choix préféré pour les élections de mardi : mission impossible, personne ne pense plus à sauver le soldat Charest.
Ses errements sur l'extension ou non de la loi 101 aux entreprises de compétence fédérale, cette semaine, ont cloué son cercueil. Le chef du Parti libéral du Québec s'est inscrit à son tour au registre des «pas fiables», lui qui avait déjà déclaré quelques guerres de trop au gouvernement Harper.
Le Parti conservateur a ainsi développé une ultime crise d'urticaire en entendant ne serait-ce que pendant 24 heures cette proposition émanant à l'origine du Bloc québécois et reprise par le Nouveau Parti démocratique.
Dès le départ, Stephen Harper et son parti avaient dit clairement qu'ils ne se mêleraient pas du débat, tous sachant qu'ils ne souhaitaient pas l'élection de Pauline Marois et se méfiaient de François Legault.
Pourtant, la finale se tiendra entre ces deux chefs, le Parti québécois et la Coalition avenir Québec se battant jusqu'au bout pour sortir du territoire minoritaire qui attend le gagnant, selon les derniers sondages.
Ottawa ne veut pas d'une victoire péquiste majoritaire, mais tous savent qu'un mandat électoral dépassant à peine le tiers de l'électorat rendrait politiquement caduc tout effort référendaire sérieux.
Référendums d'initiative populaire ou pas, Mme Marois n'a pas le comportement suicidaire des purs et durs de son parti.
La situation se corserait toutefois dans le cas d'une courte minorité, dans un portrait politique laissant la balance du pouvoir à deux élus de Québec solidaire et au chef d'Option nationale.
Voilà le point crucial: ce scénario inquiète au plus haut point, dans la capitale fédérale. Car là, la raisonnable Pauline Marois devrait son pouvoir à un groupuscule d'élus voués à la promotion de la souveraineté dès le premier mandat du parti.
Nous entrons alors dans une véritable zone de turbulences, car les décisions de Mme Marois répondraient à des critères de politique strictement internes. Ottawa n'aura aucune prise sur les positions du trio radical.
Je ne veux pas présumer de la bêtise humaine, mais si ces trois élus estiment que le gouvernement péquiste tergiverse avec la question nationale, ils peuvent le menacer, par exemple, de voter contre son budget, dans un an ou 18 mois, et provoquer ainsi d'autres élections.
Le fédéral, par contre, peut parfaitement vivre avec un Parti québécois vraiment minoritaire en attendant que les libéraux trouvent un successeur à M. Charest. Mme Marois serait dans ce cadre incapable de toute initiative référendaire même sectorielle avant sa chute inéluctable.
Et un gouvernement Legault, dans tout cela? Même si sa conversion au fédéralisme sent l'opportunisme à plein nez, les conservateurs ont compris qu'il ne déclencherait jamais de référendum.
Qu'il refuse de promouvoir tout autant le fédéralisme que la souveraineté peut troubler les intellectuels, mais, dans la vraie vie politique, il tiendra bien tranquille sur le plan constitutionnel, et cela suffit pour Ottawa.
Dans une telle éventualité, il sera toujours temps de retisser les liens entre le Parti conservateur et la défunte Action démocratique absorbée par la Coalition avenir Québec. Les sénateurs Claude Carignan, Léo Housakos et Josée Verner pourront reprendre du service à visage découvert et aider ainsi M. Legault à demeurer dans le droit chemin tel que perçu par Ottawa.