L'appui initial du chef intérimaire Bob Rae à Jean Charest s'est mué en un souhait de bonne chance à ce dernier comme à François Legault.
M. Rae a réalisé un beau matin que nombre de militants de son parti, voire de son propre bureau, travaillaient désormais pour la Coalition avenir Québec (CAQ).
Ses députés du Québec, eux, soutiennent toujours le candidat libéral de leur circonscription, en général, mais s'intéressent surtout au choix de leur prochain chef, qui se concrétisera au début du printemps prochain.
Le hasard du calendrier fait que le jour même du scrutin québécois, les trois partis fédéraux tiendront leur rencontre traditionnelle de la rentrée parlementaire, prévue pour le 17 septembre.
Pour les libéraux, à Montebello, aucun secret: les débats derrière des portes closes porteront sur la course à la direction de leur parti.
Si quelques candidats secondaires ont déjà annoncé leurs couleurs, les grosses pointures réfléchissent sur leur programme éventuel et tentent de s'organiser de leur mieux dans un parti en perte de vitesse.
N'attendons pas de candidature sérieuse à très court terme. Le parti définira lors de la rencontre des élus et des sénateurs les règles du jeu et, surtout, le budget permis pour cette course.
Fort de sa mauvaise expérience de la course de 2006, qui a laissé cinq des candidats dans la dèche, le parti a l'intention de plafonner leur endettement, cette fois.
D'où la nécessité de limiter leurs dépenses et, par conséquent, celle de tenir la campagne la plus courte possible.
Autre motif de retarder les annonces, la volonté de conserver sa force de frappe parlementaire le plus longtemps possible incite le parti à garder ses principaux critiques en action.
Si M. Rae tiendra assurément mieux le coup que Nycole Turmel l'a fait lors de l'intérim au Nouveau Parti démocratique (NPD), le parti ne veut pas dégarnir ses banquettes.
Je pense notamment à Marc Garneau, de plus en plus présent dans le travail des Communes, et qui a l'intention de se présenter à la direction de son parti.
Les élections québécoises s'ingéreront possiblement dans cette bataille. Si le Parti québécois de Pauline Marois devait gagner, remettant ainsi sur le tapis le dossier référendaire, le Parti libéral du Canada (PLC) choisira celui qui peut le mieux à leurs yeux sauver le pays. Devinez qui?
Car le camp du Non au référendum aura besoin d'un leader. Jean Charest, dans l'hypothèse d'une défaite, quittera la politique. M. Legault refuse de s'en mêler, sinon pour voter.
Stephen Harper ne fait pas le poids, au contraire. Thomas Mulcair, lui, joue une partie délicate. S'il ne se trouve pas de chef pour son NPD-Québec, reviendra-t-il sur la scène provinciale? J'en doute, mais il peut être conscrit comme Jean Charest l'a été avant lui.
À un niveau plus terre à terre, que fera Denis Coderre? Le député de Bourassa fera son choix au début de novembre entre une candidature à la tête de son parti et la mairie de Montréal.
Il lui faudra alors convaincre Gérald Tremblay de prendre sa retraite, le remplacer dans son parti ou, encore, hypothèse hautement risquée, partir à zéro et fonder un nouveau parti.
Personne ne l'attend plus à Ottawa. Mais M. Garneau l'a dit publiquement, et Justin Trudeau en a aussi conscience, où iront les organisateurs du parti? Si M. Coderre les mobilise, M. Garneau se retrouve Gros-Jean comme devant, alors que M. Trudeau jouit d'appuis hors Québec.
Et que feront les libéraux en stage chez M. Legault? En cas d'échec, ils se rallieront à M. Trudeau. En cas de victoire, ils devront assumer leurs responsabilités et demeurer à la CAQ.
Comme quoi il y a du flottement dans l'air, dans le troisième parti fédéral.