M. Legault et Mme Marois sont tous deux passés à la table éditoriale du Soleil vendredi. Ils ont promis de s'attaquer à la corruption, de nous donner de meilleurs services et de réduire la dette. Et ils ont tous deux maintenu l'ambiguïté sur la question nationale. Mme Marois ne peut se commettre quand on lui demande si elle serait liée par la signature de 850 000 personnes exigeant la tenue d'un référendum sur la souveraineté. Et M. Legault est incapable de dire ce qu'il ferait, dans l'opposition officielle, si Mme Marois déclenchait un référendum.
M. Legault affirme qu'il ne fera jamais la promotion de la souveraineté ou du fédéralisme. Mais s'il dirige l'opposition officielle, c'est à lui que reviendra la présidence du comité du Non. Il refuse d'en parler. Pas facile, la question nationale, quand on veut rester sur la clôture.
Pas facile non plus pour Pauline Marois. La chef du PQ ne peut pas renier l'engagement des référendums d'initiative populaire qui lui a été imposé par Bernard Drainville. Mais la volte-face qu'elle a effectuée après son débat de mercredi soir avec François Legault montre que ce nouvel outil référendaire serait encadré et asphyxié par un gouvernement péquiste.
Les gouvernements n'aiment pas le pouvoir de la rue. On l'a vu avec Jean Charest et les étudiants, et on le constaterait aussi avec Mme Marois. La dernière chose qu'un gouvernement péquiste céderait à sa gauche orthodoxe, c'est l'échéancier d'un référendum sur la souveraineté du Québec.
Les péquistes savent que ce serait catastrophique de se lancer dans une campagne référendaire sans garanties solides de l'emporter. C'est la raison qui a amené Pauline Marois à refuser l'échéancier que voulaient lui imposer Marc Laviolette et les pressés du PQ. Et c'est la raison pour laquelle tous les chefs péquistes avant elle ont exigé des «conditions gagnantes» avant de plonger dans un troisième référendum.
Référendum d'initiative populaire ou pas, il n'est donc pas question que Pauline Marois change sa position. C'est la raison pour laquelle elle a été coincée, mercredi soir, lorsque François Legault lui a demandé si elle serait liée par les résultats d'un RIP.
Il faut dire que François Legault a crié au loup un peu fort lorsqu'il a accusé Mme Marois de laisser les «caribous et les purs et durs» entraîner le Québec dans le «ravin» d'une campagne référendaire. Recueillir 850 000 signatures n'est pas une mince tâche. À titre d'exemple, la pétition en ligne demandant la démission de Jean Charest sur le site de l'Assemblée nationale au début de 2011 n'a obtenu que 247 379 signatures, après trois mois de campagne intenses à la radio et sur les réseaux sociaux. Si le PQ prend le pouvoir, il imposera des limites de temps très sévères aux organisateurs des RIP, afin de réduire leurs chances de l'emporter. Je vous prédis même que si la demande de se lancer en campagne référendaire ne fait pas l'affaire de Mme Marois, ses députés la combattront publiquement, en invoquant le fait que «les conditions gagnantes» ne sont pas réunies, ou que «le fruit n'est pas mûr», comme dirait Jean Charest.