Mais oublions un instant les milliards de dollars que peuvent rapporter les mines et le pétrole, les contraintes négligées ou carrément oubliées de l'environnement et les bruits de botte contre une invasion russe imaginaire.
Un rapport de Sheila Fraser sur les programmes relatifs aux enfants, aux jeunes et aux familles du Nunavut, en mars 2011, nous confirmait l'existence d'un véritable tiers-monde à l'intérieur de nos propres frontières.
Ce territoire gouverné par les Inuits eux-mêmes, à grand renfort de subventions fédérales, il va sans dire, se porte tout aussi mal que les réserves indiennes plus au sud.
Créé en 1999 pour confirmer l'autorité des habitants originaux de cette partie de l'Arctique sur leur territoire ancestral, le Nunavut compte à peine 33 000 habitants, mais dispose sur papier des mêmes infrastructures administratives que toutes les provinces.
Sa population, jeune, croît plus rapidement que celle du Sud, et vit dans des conditions particulièrement déplorables.
J'ignore si M. Harper transporte dans sa valise ce rapport de l'ancienne vérificatrice générale, mais pour les besoins de la cause, voici quelques données de ce constat de Mme Fraser.
Le taux de mortalité infantile y atteint 15,1 décès pour 1000 naissances vivantes, le triple de la moyenne canadienne. Le taux de grossesse chez les adolescentes y est de 130,7 pour 1000, contre 25,6 pour tout le pays.
Les infractions à caractère sexuel contre les enfants se montent à 44,3 cas pour 100 000 personnes, soit 10 fois plus que la moyenne canadienne.
Les jeunes du Nunavut décrochent à hauteur de 60 %, contre les 25 % d'adolescents canadiens qui prennent la même voie, et ce, à notre grand scandale à tous.
Et ainsi de suite, l'énumération des malheurs des Inuits remplirait toute la page. Pire encore, on ne sent pas d'amélioration, Statistique Canada nous indiquant même que le nombre d'offenses criminelles y a pratiquement doublé entre 2001 et 2011, alors que la population a progressé d'environ 20 %.
En bref, jugeait Mme Fraser, le gouvernement local «ne s'acquitte pas adéquatement de ses principales responsabilités» envers les jeunes et leurs familles.
Mission impossible, dans les faits, sans un Plan Nord social qui s'ajoute aux priorités économiques du gouvernement conservateur.
L'univers des Inuits a été chamboulé par l'arrivée des Blancs, dans un premier temps, et par la révolution inévitable de leur mode de vie. Les changements climatiques frappent maintenant la région de plein fouet en permettant l'exploitation des richesses naturelles et le transport maritime.
Perdus dans leurs villages isolés, les Inuits peinent à se développer. Les dollars de la reine leur passent sous le nez sans qu'ils grandissent sainement, s'instruisent convenablement, gagnent leur vie honorablement.
Les petits pas de M. Harper, cette semaine, méritent approbation. Un communiqué évoque même le concept de «faits scientifiques solides», trois mots agréables à lire de source conservatrice.
Mais pour l'instant, tout cela se passe au-dessus de la tête des premiers concernés, les habitants de la région. Pour eux, rien ne va.