Je suis cynique, mais je me soigne

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(Québec) Le plus difficile, avec les campagnes électorales, c'est de faire semblant d'y croire.

C'est comme vers l'âge de cinq ans, alors que vous étiez assis sur les genoux du père Noël, et que la fée des étoiles lui avait tendu un téléphone. Très distinctement, vous aviez entendu une voix féminine - probablement celle de sa blonde - qui lui demandait d'acheter du beurre avant de rentrer à la maison.

Le père Noël qui achète du beurre! La féerie en prenait un coup. Reste que pour sauver la face, tout le monde a fait semblant de rien. Le faux père Noël a éclaté de son célèbre rire de gros thon en conserve. Et vous êtes retourné à la maison en espérant recevoir quand même votre joujou pour Noël...

Au passage, on constatera que le père Noël a tout compris de la politique. Ce sont les parents qui payent les jouets, et c'est lui qui reçoit tout le crédit...

Mais n'allez surtout pas lui dire que c'est moi qui ai inventé cela...

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Suffit. Ne dévions pas du sujet. Le plus difficile, avec les campagnes électorales, c'est de faire semblant d'y croire. Vous ne devez pas éclater de rire lorsque le premier ministre Jean Charest se présente comme l'homme du «changement», après neuf années de pouvoir calamiteuses. Vous devez rester stoïque quand Pauline Marois enlève soudainement son carré rouge, en balbutiant des explications vaseuses. Vous ne devez pas sourciller lorsque François Legault promet un médecin de famille pour chaque Québécois dans un délai d'un an, ce qui apparaît aussi probable que de voir Luka Rocco Magnotta remporter le prix Nobel de la paix.

L'idéal, pour garder le sourire, c'est de faire comme si vous entendiez chaque promesse pour la première fois.

Même quand M. Legault répète qu'il veut «faire le ménage à Québec», il importe de garder le regard émerveillé de l'explorateur Howard Carter, découvrant le tombeau rempli d'or du pharaon Toutankhamon.

Quand on y pense, rien n'oblige à se souvenir que Jean Charest promettait la même chose en 2003. Ou Mario Dumont en 2002. Ou Lucien Bouchard en 1997. Et probablement Samuel de Champlain, vers 1612...

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«Le vrai cynique, disait le journaliste Sidney Harris, ce n'est pas celui qui tire des leçons amères du passé. Le cynique, c'est celui qui est déjà découragé du futur...»

Voilà qui rassure. Après tout, on ne saura peut-être jamais avec certitude si Jean Charest a déclenché des élections en plein été pour devancer les révélations de la commission Charbonneau sur l'industrie de la construction. Ou s'il avait tout misé sur une rentrée chaotique dans les cégeps en grève...

Après deux semaines de campagne, croyez-le ou non, il semble que tout cela appartienne déjà au passé.

Remarquez, cela possède des avantages. Par exemple, au soulagement général, il n'est déjà plus nécessaire d'analyser la chanson-thème du Parti québécois, À nous de choisir, un étrange croisement entre Star Académie, le Live Aid, une pub de croquettes pour chats et un sac de guimauves trop longtemps exposées au soleil.

C'est déjà cela d'acquis...

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Il y a quelques années, lors d'un reportage dans un centre commercial, une fée des étoiles qui sentait le gros gin m'avait amené à l'écart pour déblatérer sur son père Noël, qu'elle trouvait un peu simplet.

«Sais-tu comment j'arrive à faire rire le pauvre gars, le lundi matin?

- Tu lui racontes une blague le vendredi...»

Ouch. La féerie en prenait un coup. Alors que pour les campagnes électorales, c'est tout le contraire. Apparemment, nous réussissons toujours à nous convaincre que cette fois, c'est différent. Ou que la sincérité est enfin au rendez-vous....

Rien à voir avec le 14 novembre 2003, le jour où Paul Martin est devenu le nouveau chef du Parti libéral du Canada. Ému jusqu'aux larmes, M. Martin avait livré un discours empreint d'émotion. Faisant mine d'improviser, il expliquait à quel point il trouvait émouvant et difficile de se retrouver ainsi, devant les délégués du Parti.

Le seul problème, c'est que cet aveu «spontané», M. Martin l'avait répété et pratiqué mot pour mot, larme pour larme, quelques heures plus tôt, devant la salle vide. (1)

(1) Cité par Paul Wells, Right Side Up, 2007, McClelland & Stewart.

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