Un NPD-Québec juste au cas?

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(Ottawa) Thomas Mulcair a lancé une bombette politique quelque peu étonnante, la semaine dernière, en répondant à un étudiant, comme si de rien n'était, que oui, le Nouveau Parti démocratique ciblait très sérieusement la scène politique québécoise d'ici les prochaines élections.

Sa seule priorité demeure, bien entendu, la prise du pouvoir à Ottawa en octobre 2015. Mais il ressent les pressions de ses militants, m'a-t-il dit lundi, pour élargir le champ de manoeuvre des néo-démocrates.

Dans les neuf autres provinces, le NPD compte sur une aile politique locale qui alimente l'effectif du Parti à l'échelle nationale. La carte de membre vaut pour les deux paliers de gouvernement.

Le paysage électoral québécois demeure confus, à deux semaines des élections. Le 4 septembre ne fera qu'ajouter aux débats si le Parti québécois prend le pouvoir même sans mandat référendaire.

M. Mulcair refuse d'influencer le vote, répétant que l'opposition officielle devra travailler avec le gouvernement que les Québécois auront élu.

Mais derrière cette neutralité officielle, le chef du NPD a une position claire, ferme, sur la question nationale. «Il faut travailler avec l'ensemble du Canada», dit-il.

Et pour ceux qui croient une minute que cet ancien combattant des deux campagnes référendaires a ramolli, détrompez-vous : «Je n'ai jamais fait de quartier là-dessus», insiste-t-il. Le ton ne laissait place à aucune nuance, aucune interprétation.

Si le camp fédéraliste se cherche un leader plus présentable au Québec que Stephen Harper, l'homme est tout trouvé. Thomas Mulcair répondra présent, le cas échéant.

Il connaît l'ampleur du défi que représente la mise sur pied d'un parti politique, lui qui a construit le NPD avec Jack Layton depuis son élection dans Outremont, en 2007.

Il avait d'ailleurs mis son veto au projet d'un NPD-Q tout de suite après l'élection fédérale, le Parti ayant déjà à monter une équipe de 500 personnes à l'appui des nouveaux élus et du bureau de l'opposition officielle.

Mais un an après le décès de Jack Layton et cinq mois après son élection comme chef, M. Mulcair peut voler de ses propres ailes. Il a gagné la confiance de la population, montrent les sondages.

Il ne se sent pas en liberté surveillée sous l'oeil de l'entourage de son prédécesseur, même si, comme me le disait la semaine dernière l'universitaire et auteur Paul Adams, M. Layton se méfiait de son lieutenant québécois.

M. Mulcair a participé à un hommage samedi, dans la grande banlieue de Toronto, et retourne demain dans la capitale ontarienne pour la commémoration officielle, devant l'hôtel de ville.

Il est vrai que «nous sommes des personnes très différentes», m'a-t-il dit, en provenance de deux mondes tout aussi différents. M. Layton émanait de la politique municipale, et M. Mulcair du milieu «beaucoup plus corsé», selon lui, de la scène provinciale québécoise.

Dans la vraie vie, toutefois, «Jack me manquera toujours, avoue-t-il. En Acadie, la semaine dernière, les gens me disaient qu'ils étaient contents que je continue la tradition que Jack avait établie. Son souvenir est constamment présent» chez les électeurs.

«C'est avec lui que j'ai travaillé pendant cinq ans à bâtir le Parti au Québec, dit-il, et je sens toute la responsabilité de faire la même chose dans le reste du Canada.»

M. Mulcair veut devenir premier ministre du Canada, pas du Québec. Les «instances» du Parti devront prendre une décision formelle avant de créer un NPD-Québec, même si le nom a déjà été enregistré.

«Étape par étape», me dit-il avant son mot de la fin : «Je suis très prudent...» Je craindrais moi aussi de courir deux lièvres à la fois.

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