Trois punks contre le tsar

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(Québec) Le 21 février, cinq filles cagoulées du groupe punk Pussy Riot font irruption dans une cathédrale de Moscou.

Sous le regard éberlué d'un bedeau et de quelques gardiens, elles se mettent à gesticuler. Non, attendez. On les entend interpréter un hymne qui dénonce la complicité entre l'Église orthodoxe russe et Vladimir Poutine.

«Sainte Vierge Marie, débarrasse-nous de Poutine!»

L'incident dure moins d'une minute. Après, tout le monde rentre à la maison.

Mais les trouble-fêtes ne perdent rien pour attendre.

Le patriarche orthodoxe Cyrille voit la vidéo tirée de l'événement. «Le Diable en personne s'est moqué de nous», va-t-il s'écrier.

Trois membres des Pussy Riot sont bientôt arrêtées. On les accuse de «hooliganisme», un terme dont raffolait la police du tsar, à une époque tellement lointaine que les arrière-grands-parents des premiers punks n'avaient pas encore le nombril sec.

Il n'y a peut-être que l'humour russe pour exprimer l'ironie des éternels recommencements historiques.

- Que pouviez-vous acheter avec un ancien rouble? demandent les farceurs.

Réponse? Rien.

- Que pouvez acheter avec un nouveau rouble?

Réponse? Dix fois plus.

Hier, les trois Pussy Riot arrêtées ont été condamnées à deux ans de prison, au terme d'un procès aussi équitable qu'une finale de hockey sur glace entre une équipe de grands gaillards chaussés de patins et une autre composée de joueurs manchots chaussés de babouches.

L'un des témoins entendus n'était même pas dans la cathédrale, au moment de l'incident. Un autre prétendait avoir reconnu une accusée par la forme de ses mollets!

«Nous n'assistons pas à une tentative pour nous ramener à la période soviétique, a confié un poète au International Herald Tribune. Nous assistons à une tentative pour nous ramener au XVIIe siècle.»

Vrai que l'accusation ressemble à un texte de l'Inquisition. Selon le juge, les Pussy Riot se sont livrées à de la «propagande homosexuelle», elles ont prononcé des mots «blasphématoires», elles ont porté des vêtements inappropriés et elles ont orchestré des attaques «démoniaques».

Un procureur a même suggéré qu'elles sont téléguidées par complot mondial, le même qui aurait planifié... les attentats du 11 septembre 2001.

Fiou! Même le Joker, l'ennemi juré de Batman, ne réussit pas à planifier autant de méchancetés!

Au début, on peut parier que les malheurs des Pussy Riot ne faisaient pas pleurer grand monde.

Les jeunes filles étaient associées à un mouvement artistique qui multiplie les provocations, en guise d'action politique.

Le groupe s'était fait remarquer en se filmant en train d'embrasser des policiers dans le métro. Ou en simulant une orgie en public, devant des banderoles dénonçant le président Poutine.

Bref, si quelqu'un avait organisé un concours de popularité entre les Pussy Riot et un club de cannibales, personne n'aurait osé parier sur le résultat.

Alors qu'est-ce qui a fini par renverser la vapeur?

L'intervention de célébrités comme Madonna ou Paul McCarney?

La trop grande cruauté du procès, avec des accusées enfermées durant 10 ou 11 heures dans une cage de verre à peine ventilée?

L'interdiction des visites, y compris aux deux accusées mères de jeunes enfants?

Est-ce l'éloquence des jeunes femmes, qui citent abondamment Simone de Beauvoir?

Selon les derniers sondages, 38 % des Moscovites se rangent désormais derrière Pussy Riot.

C'est peu. Mais au pays de Vladimir Poutine, cela reste du jamais-vu.

Sûr qu'il est trop tôt pour affirmer que la peur a changé de camp.

Mais déjà, une blague soviétique a été dépoussiérée en l'honneur des Pussy Riot. Dans un pays où la dissidence a été aussi héroïque, peut-on imaginer un plus bel honneur?

«Après leur condamnation, les trois Pussy Riot sont transférées dans une prison lointaine.

À leur arrivée, leurs compagnes de cellule, qui ne les connaissent pas, veulent en apprendre un peu sur elles.

- À combien d'années avez-vous été condamnées? demandent-elles.

- Deux ans, répondent les punks.

- Et quel crime avez-vous commis? insistent les prisonnières.

- Rien. Nous n'avons commis aucun crime, répondent les jeunes femmes.

- Menteuses, s'écrient les autres. Pour rien, ils donnent au moins cinq ans!»

Pour voir la vidéo de Pussy Riot : http://www.youtube.com/watch?v=ALS92big4TY

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