Le même François Legault qui s'est dit souverainiste en lançant la CAQ, mais qui a reporté ce débat à la prochaine décennie sous prétexte qu'il faut d'abord assainir les finances publiques du Québec. François Legault serait le porteur du flambeau fédéraliste, tout comme Claude Ryan en 1980 et Daniel Johnson en 1995. Imaginez un peu la gymnastique à laquelle il devrait se livrer pour porter ce chapeau. Les souverainistes s'empresseraient de sortir son budget de l'an 1, publié en 2005, dans lequel M. Legault chiffrait les gains financiers d'un Québec souverain.
Je reconnais que c'est surréaliste comme scénario. Mais si la CAQ forme l'opposition officielle devant un gouvernement péquiste, les milieux fédéralistes devront se poser la question.
Les jeux ne sont pas faits et la Coalition avenir Québec est encore en troisième position dans les sondages d'opinion. Mais les deux derniers sondages, CROP et Léger Marketing, confirment que la CAQ talonne les libéraux de très près et pourrait se retrouver en deuxième place.
Cette campagne électorale me rappelle beaucoup celle de 2007, qui a donné l'opposition officielle à Mario Dumont et relégué le Parti québécois (PQ) au rang de deuxième opposition. Cette année, ce pourrait être au tour des libéraux de subir une telle humiliation si François Legault continue sur sa lancée. En 2007, l'électorat était insatisfait du gouvernement Charest, et ne faisait pas confiance au PQ dirigé par André Boisclair. Mario Dumont, qui avait fait élire ses premiers députés, devenait l'alternative aux vieux partis et incarnait le changement. Mais dans le secret de l'isoloir, l'électorat n'a pas cru que Dumont avait l'expérience nécessaire pour gouverner et lui a donné la chance de se faire valoir dans l'opposition officielle.
Cette année encore, l'électorat manifeste son insatisfaction à l'endroit des libéraux. Les Québécois ne sont pas emballés devant l'alternative péquiste et tournent à nouveau leur regard vers le parti héritier de l'ADQ, la Coalition avenir Québec. À deux semaines du scrutin, tout est possible pour François Legault. La grande question est de savoir si, comme en 2007, l'électorat va choker et se réfugier vers un gouvernement minoritaire péquiste et tester la CAQ dans l'opposition officielle.
C'est ce genre de scénario qui pourrait mener François Legault à présider le comité du Non si Pauline Marois s'avisait de déclencher un référendum sur la souveraineté du Québec. Fascinant, n'est-ce pas?
La vengeance a mauvais goût
La sortie de Marc Bellemare, hier à Sherbrooke, avait une telle odeur de vengeance personnelle qu'elle en était gênante. J'ai été surpris de voir le candidat péquiste Serge Cardin, qui fait la lutte à Jean Charest, aller s'asseoir au côté de Bellemare à l'occasion de cette annonce. D'une part, je ne suis pas certain que l'intervention de Bellemare change quoi que ce soit dans Sherbrooke. D'autre part, je pense que Bellemare avait lancé les rumeurs de sa candidature dans cette circonscription uniquement pour créer un évènement médiatique et se lancer à nouveau dans une opération de salissage. Je comprends Bellemare d'en vouloir à Jean Charest. Mais je le plains de nourrir sa haine aussi longtemps et aussi loin. La haine détruit celui qui la porte.
À moins qu'il n'ait fait cela pour nouer des liens avec un éventuel gouvernement péquiste. Si c'était le cas, ce ne serait pas très digne, ni très honnête.