La froideur canadienne

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(Ottawa) Élections de 1976: le Canada se tenait à l'affût du vote des Québécois même si Pierre Elliott Trudeau avait publié une sorte de notice nécrologique du mouvement souverainiste. René Lévesque avait alors pris le pouvoir, puis attendu quatre ans avant de déclencher un référendum qu'il savait perdu d'avance.

Élections de 1994: Jacques Parizeau avait annoncé ses couleurs sur un référendum rapide, qu'il a déclenché l'année suivante. Le reste du Canada, déjà fatigué des débats constitutionnels autour des accords de Meech et de Charlottetown, gardait quand même l'oeil ouvert, juste en cas.

Élections de 2011: calme plat, cette fois. Le Québec n'attire plus l'attention. L'indifférence, ou plutôt la fatigue, règne d'un océan à l'autre contre cet empêcheur de tourner en rond.

Hors Québec, disait cette semaine un sondage de la firme Angus Reid, moins de 20 % des personnes consultées suivaient avec un certain intérêt la course entre Jean Charest, Pauline Marois et François Legault.

M. Legault et sa Coalition avenir Québec (CAQ) inspirent peu confiance, même s'il promet de ne pas tenir de référendum avant10 ans et de voter non si par hasard un gouvernement péquiste en déclenchait un.

À Ottawa comme dans le monde médiatique, deux paragraphes de la présentation du programme du parti gèlent toute velléité d'y voir une solution de rechange.

«La division entre fédéralistes et souverainistes nous paralyse, y lit-on. Pour que le Québec se remette véritablement à avancer, il nous faut mettre le débat constitutionnel de côté.»

Déjà le doute est semé, vous ne trouverez personne au Canada anglais accepter un plan «mise de côté», qui laisse la porte ouverte à une reprise de la querelle lorsque le Québec se portera mieux sur le plan économique. Tout cela ressemble trop à la recherche de «conditions gagnantes», selon l'expression maintenant consacrée, pour mériter la moindre crédibilité. La suite aggrave encore plus le cas de la CAQ. «La Coalition ne fera la promotion ni de la souveraineté ni de l'unité canadienne, écrit le chef du parti. Nos actions seront uniquement guidées par les intérêts supérieurs du Québec.»

Plus au-dessus de la mêlée que cela, on tombe dans l'angélisme. Le Canada réclame au moins le droit de savoir si le gouvernement du Québec est fédéraliste ou souverainiste, et rejette toute hypothèse à l'effet que «les intérêts supérieurs du Québec» priment ceux du Canada.

Ceux qui attendent ou espèrent à court terme un nouveau love-in fédéraliste à Montréal rêvent en couleurs. Personne à Ottawa ne s'affaire à noliser des trains ou des autobus ou à mobiliser des cohortes d'étudiants pour revivre cette manifestation préréférendaire de 1995.

Stephen Harper a fait dire dès le départ par son lieutenant Christian Paradis que le fédéral travaillerait avec le parti élu par les Québécois. Son ministre des Finances, Jim Flaherty, indiscipliné notoire quant vient l'heure de débattre de politique provinciale en Ontario, a déjoué tous les pièges des médias lors d'un point de presse, mercredi.

Mais les Québécois voient une éventuelle victoire de Mme Marois comme un simple changement de gouvernement. La tiédeur du PQ envers un référendum, suivant en cela les sondages, s'inscrit danscette mouvance.

Il y aura un choc dans tout le pays, bien sûr, si le Parti québécois obtient une majorité le4 septembre, essentiellement au nom de la fameuse incertitude politique.

Mais contrairement aux deux expériences précédentes, il y a aussi une volonté de ne plus en entendre parler. Se croyant blindés par la Loi sur la clarté référendaire, les autres Canadiens demeurent froids. Ils votent Jean Charest ou personne.

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