Les libéraux de Jean Charest font le calcul contraire et mettent le paquet pour garder Québec. Une nouvelle série d'annonces mardi matin : promenade Samuel-De Champlain, équipements de sports, loisirs, etc. Près de 300 millions $ d'argent «neuf».
Cela s'ajoute aux 330 millions $ déjà connus pour des projets à venir (amphithéâtre, Diamant, Nouvelles Casernes, alouette).
On sent que la générosité du gouvernement Charest pour Québec commence à agacer.
«Pourquoi les millions pleuvent sur Québec» pendant que les autres villes peinent à financer des projets moindres, mais nécessaires dénonçait en début de campagne Mme Roy-Marinelli. «Pas normal.»
On pourrait prendre la réaction à la légère, si ce n'était que la mairesse de Lévis est la première vice-présidente de l'Union des municipalités du Québec et sa prochaine présidente.
Il n'y a d'ailleurs pas que Lévis. L'angle des questions de la radio de Radio-Canada en fin de journée mardi, était la disproportion des investissements pour Québec.
Québec en obtient-elle trop? D'autres le croient. Mais on ne va quand même pas demander à la Ville de refuser ce qu'on lui donne.
La générosité du gouvernement Charest tient à trois choses.
1 Le calcul politique. La volatilité du vote sur la Rive-Nord donne à Québec un poids politique considérable. Conservateur, PLC, Bloc, PLQ, ADQ, PQ, NPD. Québec a voté de toutes les couleurs. Il y a un intérêt évident à courtiser une région aussi infidèle.
2 L'axe Charest-Labeaume. Le maire a développé avec M. Charest une réelle complicité à laquelle s'ajoute une communauté d'intérêts.
M. Charest se colle au politicien le plus populaire au Québec et M. Labeaume le lui rend bien.
En cette année difficile où les scandales et accusations de corruption pleuvaient sur les libéraux, M. Charest se consolait à entendre le maire de Québec vanter ses mérites et le remercier en public.
3 Le goût de Québec. M. Charest a développé une affection particulière pour Québec, notamment pour la promenade Samuel-De Champlain, son enfant chérie.
Il a inauguré la promenade le 24 juin 2008, jour de son anniversaire. Ce fut le coup de foudre.
Il faisait un soleil radieux ce matin-là et les citoyens arrêtaient le premier ministre sur les trottoirs pour le remercier. La cérémonie n'était pas terminée qu'il promettait de prolonger la promenade.
Lorsque plus tard cette même année, il a lancé la campagne où il se réclamait d'avoir les deux mains sur le volant pour affronter la tempête économique, il a planté son micro sur le quai des Cageux.
À la veille de la présente campagne, au début juin, il y était encore avec ses ministres pour couper un ruban en haut de l'escalier menant à la plage.
Il y avait dans l'annonce de mardi 200 millions $ de plus pour la phase IV de la promenade. Avant même que Québec songe à les demander. Le second tronçon n'est pas encore complété et le troisième, à peine sur les planches à dessin.
M. Charest veut faire de cette promenade «l'emblème et le legs de son gouvernement» à la capitale.
Ce n'est pas un mauvais calcul. Ce que l'histoire finit par retenir des politiciens, ce n'est pas tant les controverses ni les scandales dans lesquels ils ont pu baigner, mais les infrastructures qu'ils ont bâties et qui traversent les générations.
---------
Jean Charest a tout donné à Québec au point d'épuiser la plus récente liste de projets du maire Labeaume. Mais il n'a pas donné ce à quoi le maire tenait le plus : le pouvoir de lock-out et autres modifications au Code du travail pour changer le rapport de force avec les syndicats.
Généreux, mais pas suicidaire. Les relations de travail sont un sujet autrement plus risqué et explosif qu'une balade dans le parc un matin d'été.