Bien sûr, il est de bon ton dans certains milieux de gonfler le rôle et l'importance du Canada sur la scène internationale, comme l'a fait hier un ancien sous-ministre des Affaires étrangères, Peter Harder, dans un quotidien torontois.
Selon lui, la visite de Mme Merkel constitue une preuve supplémentaire que le pays fait sentir sa présence dans le monde pour la première fois depuis des années.
Mais demeurons calmes, car la chancelière de l'Allemagne et le premier ministre du Canada, s'ils partagent une idéologie conservatrice antiétatique, n'ont pas de contentieux bilatéraux à régler.
Un simple regard sur l'interprétation que donnent les Européens à son séjour suffit à nous éclairer, eux qui affrontent une crise financière de première envergure.
La Deutsche Welle, la radio internationale allemande, décrit ainsi ce voyage d'affaires comme «assez relax», avant de préciser que les «affaires sérieuses» pour Mme Merkel, soit le sauvetage de l'euro, reprendront en septembre.
Plus cynique, mais dans le même registre, le Figaro constate que pour la rentrée, «la chancelière s'est ménagé un programme allégé : conseil des ministres mercredi puis une visite officielle de deux jours au Canada».
Le journal parisien de droite en remet en qualifiant la semaine politique de Mme Merkel de «démarrage en douceur avant les échéances d'un automne qui s'annonce brûlant».
Cette dernière et M. Harper se connaissent, ils se croisent régulièrement dans les sommets internationaux et, pour tout dire, il faut vraiment gratter pour trouver un seul litige entre l'Allemagne et le Canada.
Même lors de la campagne ratée pour obtenir un siège au Conseil de sécurité des Nations Unies, en 2010, Ottawa se battait plus contre le troisième candidat, le Portugal, que contre Berlin. Le poids politique et économique de l'Allemagne justifiait amplement sa victoire.
M. Harper, côté Vieux Continent, doit jongler entre diverses sensibilités, lui qui se veut ami de tous, car le libre-échange se négocie avec l'Union européenne, et non avec chacune des capitales.
Je songe en particulier à ses relations avec le Français François Hollande, qu'il a réussi à rencontrer au début de juin pour discuter, entre autres, de la question du Québec.
Or, M. Hollande et Mme Merkel se retrouvent aux antipodes idéologiques sur les questions économiques. Croissance avant tout pour l'un, austérité financière pour l'autre, et le premier ministre ne veut choquer aucun des deux interlocuteurs.
Économiste de formation, M. Harper s'inquiète à juste titre des tourments de l'économie de l'Europe qui menacent directement le Canada et, surtout, ses prévisions financières.
Une récession carabinée frapperait outre-Atlantique, et voilà que tous ses efforts d'assainissement budgétaire tomberaient à l'eau.
Il lui reviendra alors d'expliquer à nouveau à Mme Merkel pourquoi le Canada (comme les États-Unis d'ailleurs) refuse de participer à l'intervention du Fonds monétaire international en faveur de l'euro.
La ligne dure de Mme Merkel et surtout de son parti contre les prétendus profiteurs et amateurs de belle vie de l'Europe ensoleillée lui donne des points politiques chez elle.
Mais pas plus que son économie ne survivra si l'Espagne ou l'Italie cessent d'acheter des Mercedes, celle du Canada ne pourra croître si l'ensemble de l'Europe perd pied.
Au fond, la même logique s'applique pour les deux gouvernements, l'isolationnisme ne paie pas. Nous sommes tous dans le même bateau.