J'en ai discuté hier avec le ministre de la Santé Yves Bolduc et son rival péquiste, le docteur Réjean Hébert, candidat dans la circonscription de Saint-François. Je ne voulais pas revenir sur les propos de Mme Marois, mais sur l'enjeu de l'obésité. Malgré quelques appels, le docteur Barrette n'a pas voulu se prêter à cette discussion.
Les docteurs Bolduc et Hébert s'entendent tous deux sur la gravité de la situation. Yves Bolduc signale toutefois que sa dernière rencontre avec ses homologues des autres provinces lui a appris que le Québec et la Colombie-Britannique sont les provinces canadiennes les moins touchées par l'obésité. Mais le défi à relever est tout aussi important, signale-t-il, compte tenu du fait que nos jeunes font moins d'activités physiques. Tout comme son collègue Hébert, Yves Bolduc signale qu'on ne parviendra pas à conscientiser les Québécois à l'importance d'une meilleure alimentation et de l'activité physique par la culpabilité. «C'est en les accompagnant dans leurs activités qu'on obtient des résultats», fait-il valoir. «Ce que j'ai vu de mieux à ce chapitre, c'est le Défi Pierre Lavoie.»
Le ministre fait la différence entre les problèmes de surpoids et les cas d'obésité morbide. Dans ce dernier cas, fait-il valoir, c'est vers la chirurgie bariatrique qu'il faut se tourner. M. Bolduc précise que l'on fait actuellement 2800 interventions de ce genre au Québec par année, et qu'il est en train de les implanter dans toutes les régions du Québec pour porter le nombre à 3000, et à 6000 dans quatre ou cinq ans. L'expérience démontre, indique le ministre, que le gouvernement recouvre ses frais de 7000 $ à 8000 $ dans un délai de cinq à sept ans pour ce genre d'intervention, parce qu'il s'évite des problèmes de santé comme le diabète ou le remplacement des hanches ou des genoux par la suite.
Yves Bolduc rappelle toutefois que la chirurgie bariatrique n'est pas une solution à l'obésité en général. C'est donc en prévention que les gouvernements doivent agir, prévient-il, et la prévention passe par l'entraînement, le sport et l'environnement. Mais «on ne peut pas obliger tout le monde à avoir une vie parfaite».
Le docteur Réjean Hébert estime lui aussi qu'il est «fondamental» de nous donner des habitudes de vie plus saines, mais il pense qu'il faudra travailler davantage contre la malbouffe. Il dit avoir trouvé très intéressante l'utilisation d'incitatifs fiscaux dans certains pays pour contrer ce problème. Il pense que les gouvernements doivent faire des efforts pour convaincre les employeurs qu'il est payant d'investir dans la santé de leurs employés. M. Hébert porte aussi son regard sur les personnes âgées, dont 60 % ne font aucune activité physique, dit-il. Il déplore qu'il y ait très peu de spécialistes en activité physique dans les groupes de médecine familiale. «Les infirmières et les médecins en parlent, mais ce n'est pas leur spécialité.»
Les docteurs Réjean Hébert et Yves Bolduc ont un point en commun : ils sont des adeptes de l'activité physique, mais pour des raisons différentes au point de départ. Réjean Hébert explique que, dans son cas, ce sont des raisons génétiques qui l'ont amené à investir dans sa santé. Il est au gymnase trois fois la semaine, et il s'adonne au vélo, au ski de fond et au ski alpin. «Dans mon cas, les gènes ne sont pas très favorables», explique-t-il en racontant qu'il y a eu des problèmes cardiovasculaires sérieux dans sa famille. Il s'entraîne donc régulièrement, il surveille son alimentation, et il a perdu 25 livres. «Je suis un amateur de bon vin, mais je n'en prends presque plus», dit-il.
Yves Bolduc est plus chanceux que son collègue au point de vue de la génétique, mais il fait néanmoins 30 minutes de course tous les matins. Dans son cas, le sport est une vieille habitude. Il a été professeur de natation, il a joué au basketball, au handball, au volleyball et il a même une ceinture marron en judo.
Les campagnes électorales ne se prêtent pas aux débats de fond, a déjà déclaré l'ancienne première ministre Kim Campbell. Pourtant, la question de l'obésité mériterait certainement une bonne discussion, parce qu'il y a longtemps que le signal d'alarme a été lancé. En février 2006, l'Association pour la santé publique du Québec a publié un rapport concluant qu'un enfant sur cinq présente un excès de poids. Ses recommandations sont encore d'actualité :
1 Offrir une alimentation saine et variée aux enfants et adolescents en milieu de garde et scolaire.
2 Revoir l'aménagement des villes pour favoriser les déplacements à pied ou à vélo plutôt qu'en auto.
3 Réviser la réglementation sur la publicité destinée aux enfants.
4 Mieux réglementer les produits, les services et les moyens qui proposent aux consommateurs de perdre du poids.
5 Favoriser le financement et une approche interdisciplinaire pour la recherche sur les problèmes reliés au poids.