Dans le petit monde de La Peltrie

François Bourque
Le Soleil

(Québec) Pour le ti-cul de sept ans qui voit partir son père pour le parlement à Québec, le premier contact avec la politique est une inquiétude, pour ne pas dire une menace. Les rumeurs dans la cour d'école, tu vas déménager; les critiques, le père sur la sellette dans l'actualité.

«La vie change. Je ne ferai jamais comme mon père», s'était promis Jean-Luc Jolivet.

Il se souvient que ce fut particulièrement rock & roll en 1982, lors des coupures de salaires de 20 % décrétées par le Parti québécois.

Mais tout jeune, il a suivi son père à des événements publics, a mangé des sandwichs dans les organismes communautaires, a noté que le numéro de téléphone de la maison est resté public et que son père répondait aux électeurs même le 24 décembre.

Il finit par «apprivoiser» la politique et prendre goût au service public.

En 2004, il est bénévole à la Société d'histoire de L'Ancienne-Lorette, lorsque Daniel Dupuis, qui milite pour maintenir la fusion avec Québec le recrute.

Il se fera élire conseiller municipal l'année suivante, minoritaire dans un conseil où Émile Loranger fait la loi. La vie dure pour un opposant. Excédé et estimant avoir les «mains liées», il abandonne deux ans plus tard.

Le monde est parfois petit. Le directeur de la campagne de Jean-Luc Jolivet à l'hôtel de ville avait été Éric Caire, qui est aujourd'hui un adversaire dans La Peltrie.

C'est une des particularités de cette bataille. Une lutte fratricide où se croisent les intérêts et les vieilles amitiés.

Le troisième joueur majeur est Jean-François Gosselin, ancien voisin de banquette d'Éric Caire à l'Action démocratique, passé au Parti libéral.

Sans s'être donné rendez-vous, ils étaient là tous les trois en fin de journée jeudi, dans le stationnement de l'aréna de L'Ancienne-Lorette, lors du tail gate d'avant-match du Pro-Am Gagné-Bergeron, au profit de Leucan et du Pignon Bleu.

Une oeuvre remarquable au bénéfice des enfants malades. Et des candidats en campagne. Je crois bien en avoir croisé autant que de joueurs de la Ligue nationale de hockey. Mais aucun à qui on demandait des autographes sur un chandail.

La plupart des candidats du PQ de la région y étaient. Depuis la loi 204, le PQ s'est dédouané des critiques qui pesaient sur lui depuis le départ des Nordiques, croit la députée de Taschereau, Agnès Maltais.

Plusieurs estimaient encore que le gouvernement du PQ fut responsable de ce départ. Cette «dette» est maintenant payée, croit-elle.

Mme Maltais s'ouvrait ainsi pour la première fois sur sa véritable motivation à pousser la loi 204, avec les conséquences que l'on sait sur l'harmonie de son parti.

Au plan personnel, le bénéfice électoral pour Mme Maltais fut nul, voire déficitaire, convient-elle, mais pour le parti, c'était nécessaire, a-t-elle jugé. Les candidats péquistes pouvaient enfin se promener la tête haute au pique-nique d'avant-match.

Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier et Shannon font désormais partie de La Peltrie et Saint-Augustin en est exclue.

En théorie, la nouvelle carte avantage légèrement le député sortant Éric Caire. Il peut espérer quelques centaines de voix de majorité de plus, lui qui n'en avait eu que 400 en 2008.

Ces projections valent pour autant qu'on attribue tous les votes de l'ADQ de Mario Dumont de 2008 à la nouvelle CAQ de François Legault.

L'amalgame est tentant, mais n'est peut-être pas aussi automatique qu'on pourrait le croire. Surtout que les intentions de vote pour la CAQ sont encore friables, si on en croit les sondages.

La nouvelle carte a aussi pour effet de rajeunir la circonscription et d'augmenter la pression pour les services aux jeunes familles, notamment les garderies.

Éric Caire dit percevoir une lutte à deux entre la CAQ et les libéraux. Il ne voit pas le PQ, loin derrière au troisième rang en 2008.

Le péquiste Jolivet croit quand même être en course. À deux ou à trois, pas trop sûr de la force des libéraux. Moi, je parierais que les libéraux y sont.

Le maire de L'Ancienne-Lorette ne croit pas aux listes d'épicerie adressées aux candidats et dit «ne pas avoir d'attentes».

Ce qui ne l'empêche pas d'annoncer ses couleurs. Il a appuyé Josée Verner aux élections de l'an dernier et les libéraux à Québec en 2003 et 2007.

Il s'était abstenu en 2008, déçu du gouvernement qui n'avait pas réglé le problème du partage des coûts de services d'agglomération. Problème qui n'est toujours pas réglé à son goût.

Il prévoit donner un appui public à un candidat sans vouloir préciser tout de suite lequel. On peut déjà exclure le PQ, M. Loranger estimant avoir été «trahi» lors des fusions.

Le maire Loranger ne se sent pas d'obligation envers le député Éric Caire, même si la conjointe de celui-ci, Marie-Ève Lemay, est sa directrice de cabinet à l'hôtel de ville.

Ce lien soulève d'ailleurs des soupçons chez des adversaires de M. Caire, mais connaissant le maire Loranger, il est assez tête de cochon pour ne pas chercher à faire plaisir à l'un ou l'autre s'il n'y voit pas l'intérêt de sa ville.

Lors de l'embauche de Mme Lemay, il a été convenu que celle-ci ne serait pas au bureau en campagne. Elle est actuellement en vacances de la mairie, pas très loin de son conjoint.

Je ne sais pas si les candidats Jolivet, Caire et Gosselin ont fini par se croiser dans le stationnement ou à l'aréna.

Jean-François Gosselin ne cache pas être encore mal à l'aise à l'idée d'affronter son ex-collègue de l'ADQ, Éric Caire.

«Ce sera comme au hockey», suggère-t-il. Du jeu intense et des mises en échec. «On se donne la main après». Belle métaphore pour un avant-match.

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