Pleins feux sur le conflit étudiant

Gilbert Lavoie
Le Soleil

(Québec) Je veux bien croire Jean Charest quand il se défend d'avoir provoqué délibérément la crise étudiante pour en faire un enjeu électoral, mais il est clair qu'il tente maintenant de l'utiliser pour polariser l'électorat au profit du Parti libéral du Québec (PLQ).

L'importance qu'il a accordée à cette crise dans son point de presse de mercredi ressemblait presque à une invitation... d'autres diront à une provocation... aux leaders étudiants de reprendre le combat pour régler ça une fois pour toutes aux élections.

Cette «invitation» de M. Charest pose un sérieux problème aux dirigeants des associations étudiantes. Quel est leur meilleur intérêt s'ils désirent battre les libéraux le 4 septembre? Retourner dans la rue et bloquer le retour en classes prévu à la mi-août ou se tenir tranquille et se contenter de dénoncer le gouvernement? La réponse se trouve probablement quelque part dans un meilleur dosage des manifestations, mais un tel dosage est difficile à imaginer compte tenu des divergences idéologiques et stratégiques qui caractérisent le mouvement étudiant.

Les organisations syndicales, qui ont appuyé financièrement la grève des étudiants, devront se poser les mêmes questions. Mercredi, la Fédération des travailleurs du Québec a annoncé qu'elle tiendra un conseil général extraordinaire le 13 août pour décider si elle donnera ou non son appui à un parti politique. Son président, Michel Arsenault, a vivement combattu l'intervention du gouvernement dans le placement syndical, mais ses syndicats affiliés trouvent leur profit dans les milliers d'emplois créés par le Plan Nord. D'autre part, il n'est pas certain que Pauline Marois désire l'appui de la FTQ après tous les scandales qui ont secoué les syndicats de la construction. Michel Arsenault décidera peut-être qu'il est plus sage de faire comme en 2007 et de demeurer neutre. Le jeu des alliances politiques et stratégiques sera donc très complexe d'ici le 4 septembre.

Le déclenchement de cette campagne électorale était attendu depuis tellement longtemps que les reproches d'y aller pendant l'été auront peu de portée. Le Parti québécois avait même amorcé la pose de ses pancartes avant l'annonce officielle par Jean Charest.

Depuis le temps qu'on en parle, l'électorat québécois est donc prêt à délibérer en vue de porter son jugement. Mais le sondage de Léger Marketing, publié mercredi, n'a fait que confirmer ce que l'on savait déjà: les Québécois n'ont pas le goût d'accorder un quatrième mandat aux libéraux, ils ne sont pas emballés à l'idée de porter Pauline Marois au pouvoir et ils ne sont pas certains que l'équipe de François Legault ait l'expérience nécessaire pour gouverner.

C'est le genre de cul-de-sac qui pourrait donner des résultats totalement inattendus. Frustré, l'électorat pourrait bouder les boîtes de scrutin, tout comme il pourrait se fâcher et participer en masse pour «secouer le pommier» et forcer le changement. S'il est une constante dans les sondages des 12 derniers mois, c'est la force du désir de changement au sein de cet électorat. François Legault l'a bien compris en promettant de «faire le ménage dans la corruption, la bureaucratie et le gaspillage».

La première question qui se pose en ce début de campagne est de savoir si la Coalition avenir Québec parviendra à éviter la polarisation des votes autour d'un enjeu comme la crise étudiante et à capitaliser sur son offre de changer les choses.

À cet égard, la stratégie des associations étudiantes au cours des prochaines semaines pourrait déterminer si cette campagne se fera uniquement entre le PLQ et le Parti québécois, ou s'il s'agira d'une véritable course à trois.

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