Dans ma boîte de courriel, le communiqué est entré en même temps qu'un sondage Nanos Research qui rappelle les priorités des Canadiens.
Dans l'ordre, soins de santé, création d'emploi, éducation, sécurité. Rien sur la culture.
D'où la question, facile et démagogique, mais incontournable : pourquoi une autre salle de spectacle quand les gouvernements sont endettés et ne peuvent plus répondre aux vraies priorités?
Le projet de Diamant coûtera 60 millions $, dont 80 % d'argent public. S'ajouteront les coûts encore inconnus du réaménagement de la place D'Youville et du terminus d'autobus.
En point de presse mercredi matin, toutes les raisons étaient bonnes pour justifier l'effort public pour Le Diamant.
«Votre talent le commande», de dire Jean Charest à Robert Lepage. «Votre travail est tellement important.»
Permettre à M. Lepage «d'offrir le meilleur de lui-même» est un calcul qui se défend. Comme à l'époque le soutien public à la Caserne d'Ex Machina, dans le Vieux-Port.
Théâtre, opéra, cirque. Ce sera une «locomotive de communication; une pièce maîtresse qui manquait à Québec et au Québec», pense le principal intéressé. «Il y a plein de wagons qui dorment.»
Avec Le Diamant, Québec peut espérer attirer et retenir des créateurs d'envergure.
De passage à Québec la fin de semaine dernière, c'est avec Robert Lepage que Roger Waters a voulu aller manger.
La coproduction de ce soir entre le Festival d'opéra de Québec et le Metropolitan Opera de New York pour La tempête en est le plus bel exemple. Québec n'aurait pas pu se payer seule cette création.
Le grand mécène du Metropolitan Opera sera là pour la première. Le genre de personne qui sera éventuellement sollicitée pour compléter le montage financier du Diamant.
Il est prévu recueillir 9 millions $ auprès d'entreprises privées et de mécènes.
«On est capable d'aller chercher de l'argent à l'extérieur du Québec et du pays, c'est possible», dit croire Robert Lepage. Investir dans Le Diamant devient donc un levier pour amener de l'argent frais à Québec.
Cela «peut aider à refaire le Québec by night», pense le maire Régis Labeaume. Créer une destination week-end de spectacles pour des visiteurs de l'extérieur, en lien avec le Palais Montcalm, le Capitole voisin et le Grand Théâtre.
Après «another brick in the wall», ce sera «une autre pierre à l'édifice», dit croire la ministre Christine St-Pierre, qui parle d'un «immeuble phare pour le Vieux-Québec».
La Ville invoque aussi un argument d'urbanisme. Il était «inconcevable» de laisser un bâtiment patrimonial «dans cet état», croit le maire.
Là où j'ai plus de mal à le suivre, c'est quand il affirme que Le Diamant va «attirer des humains dans le centre-ville».
C'est vrai que ça ne peut pas nuire et qu'il est vraisemblable que les créateurs du Diamant préfèrent loger au centre-ville qu'en banlieue. Mais l'effet sera marginal.
Ce qui est plus déterminant pour la vie en ville, c'est l'accessibilité du logement, les services, l'école, le parc de quartier, le stationnement.
Le maire parle aussi d'un «lieu de mobilité durable» avec le tramway qui passera à côté.
Ce serait bien sûr élégant un tramway à la porte du Diamant, mais il ne faut pas charrier. Le lien est plutôt ténu.
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Le projet initial de Diamant dans la falaise entre les bretelles d'autoroute prévoyait un nouveau lien mécanique entre la haute ville et la basse ville.
Depuis le déménagement à la place D'Youville, la Ville s'en remet au promoteur de l'hôtel sur le terrain de l'ancien Patro Saint-Vincent de Paul. Sauf que le projet n'aboutit pas.
Le renforcement du pôle de la place D'Youville et le foisonnement de projets dans Saint-Roch mettent de la pression pour réaliser ce lien, si la Ville veut, comme elle le dit, créer un effet de synergie.
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On «investit sur la tête de Robert Lepage», a rappelé le maire. C'est à la fois la force et le risque du projet. Son succès repose sur une seule personne.
J'avais posé la question il y a quelques mois et y reviens : que se passe-t-il le jour où Robert Lepage n'y sera plus?
Toutes les raisons pour soutenir le projet quand Lepage est là deviennent autant de raisons de s'inquiéter lorsqu'il n'y sera plus.
Qu'advient-il des mécènes, du pouvoir d'attraction, du «branding Lepage», du rayonnement d'Ex Machina?
Il restera «tout un répertoire, toute une façon de faire», dit croire Robert Lepage. Cela sera-t-il suffisant pour faire vivre une grande salle de 650 places et bouger tous les wagons?