Les bombes éclataient de partout, un son d'outre-tombe, un ciel en feu, un parterre suffoquant dans la fumée. En entrée de scène, une attaque décisive dont le public n'allait pas se relever.
Ça n'avait plus rien à voir avec la musique. Ou si peu. Un show multimédia. Une scène une fois et demie plus grande que celle du Festival d'été, un son projeté plus loin que jamais et dans des directions inédites.
Une rencontre du rock, de l'opéra, du cinéma grand format, du dessin d'animation, de la pyrotechnie et de la politique.
Roger Waters a dédié le spectacle aux victimes de terreurs de l'État dans le monde. A mené une charge contre les abus de pouvoir de la police pouvant mener à la tyrannie.
Le public était moins intense que d'autres soirs de Plaines. Je veux dire moins physique. Moins poing en l'air, moins hurlant; un public plus planant, moins bière et plus pot.
Un public porté par une époque où la lenteur avait encore droit de cité.
Un soir de ces soirs d'exception à ranger avec les McCartney, Metallica, Elton John et autres Rammstein.
Le concept de Roger Waters était que tout se passe sur le mur. Pour le meilleur et pour le pire. En salle, cela peut tenir. En extérieur, il devient difficile de voir de loin, avec des arbres et des angles de vue étriqués.
On touche ici la limite des grands spectacles sur les Plaines où l'attente devient intenable et le prix à payer élevé pour un confort et une fluidité inexistante. L'expérience, le mot en vogue pour décrire ce qu'on recherche dans ces grands spectacles-événements, en est nécessairement altérée.
Avec une population de Québec vieillissante, c'est une réalité à laquelle le Festival aura intérêt à réfléchir.
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Jusqu'à la pétarade d'ouverture, je ne me sentais pas dans le coup. Cela m'arrive souvent avec les grands concerts rock qui remplissent les Plaines.
Ce n'est pas comme vous qui connaissez les groupes et leur musique, qui savez décliner les textes, en faire la genèse et en tirer le sens qu'il faut.
Je suis un imposteur. Je n'ai pas beaucoup écouté Pink Floyd. Et davantage Dark Side of the Moon que The Wall.
À l'époque où Pink Floyd planait sur les cafétérias des écoles secondaires et des cégeps, j'étais ailleurs, à la porte d'à côté.
Souvent chez Supertramp dont j'aimais les sax, le piano et le jazz.
Lorsque que me suis plongé dans The Wall cette semaine pour limiter les dégâts, j'ai vu que les thèmes de Roger Waters dans The Wall étaient les mêmes que ceux de Roger Hodgson dans Crime of the Century.
Des univers sombres: aliénation physique et mentale, difficile relation avec l'école, avec l'autorité, avec les autres.
Gêné de mon ignorance, je me suis tapé presque en cachette samedi après-midi le The Wall, d'Alan Parker, film construit sur l'album de Pink Floyd. Une oeuvre forte et tourmentée dont les images m'ont porté jusqu'au soir.
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Pendant que vous passiez la dernière semaine à voir grandir le mur sur les Plaines et à vous émerveiller, j'étais ailleurs aussi.
À la quincaillerie et dans les grandes surfaces, à nourrir mes rénovations. Pink Floyd y était aussi. Pink Floyd était partout.
Dans les radios, les journaux et télés, dans le haut-parleur de l'allée des revêtements muraux en fausses pierres du Home Depot où Another Brick in the Wall m'a surpris un matin.
The Wall était dans mes fins de journée éreintées où j'égrenais The Confession, le dernier Grisham. Page 304: la prison de Huntsville, au Texas, surnommée «The Wall Unit», pourvue de la chambre d'exécution la plus fréquentée des États-Unis.
J'ai lu que Roger Waters n'accordait pas d'importance particulière au fait de jouer The Wall sur les champs de bataille de Québec.
«Ce ne sera pas à l'avant-plan dans mon esprit... Il y a une routine bien établie chaque fois que nous jouons», expliquait-il.
Merci pour la franchise et la leçon de modestie pour Québec, qui commençait peut-être à se penser plus grosse que le mur.
Mais le lien symbolique était tentant.
Une fin de tournée, peut-être la dernière représentation de The Wall. Un vrai champ de bataille, une scène au pied des murs de la Citadelle et une ville aux pieds du mur.