Non-ingérence et non-indifférence

Raymond Giroux
Le Soleil

(Ottawa) Certains slogans se recyclent bien, même si aucune des personnes concernées n'osera les répéter publiquement.

Par exemple celui de la non-ingérence et la non-indifférence de la France sur la question du Québec, une attitude abandonnée par Nicolas Sarkozy mais remise à l'ordre du jour par François Hollande, s'il faut en croire les signaux en provenance de Paris.

J'aurais aimé écouter aux portes lors du petit-déjeuner de Stephen Harper à l'Élysée, le mois dernier, alors que le premier ministre cherchait à se faire rassurer, entre autres dossiers, sur les intentions québécoises du nouveau président.

Si M. Hollande a repris l'expression traditionnelle devant son visiteur, elle ne sera pas tombée dans l'oreille d'un sourd.

M. Harper, le gouvernement fédéral et le Parti conservateur manifesteront eux aussi pendant la prochaine campagne électorale québécoise une non-ingérence totale, assortie d'une non-indifférence tout aussi totale.

Le premier devoir d'un chef de gouvernement canadien est de remettre à son successeur un pays en un seul morceau.

Tout comme Jean Chrétien et Pierre Trudeau avant lui, M. Harper cauchemarde à l'idée d'apparaître comme le fossoyeur du Canada, dans les livres d'histoire.

Comme ces deux-là, pourtant, le chef conservateur risque fort d'affronter un référendum sur la souveraineté si Pauline Marois et son Parti québécois gagnent l'élection attendue pour le début de septembre.

Côté climat politique, je rappelle au passage que plus de 76 % des électeurs québécois ont voté pour des partis fédéralistes, le 2 mai 2011, et que la chute du Bloc a durement ébranlé la famille souverainiste. Mais les fédéralistes ont quand même les nerfs à fleur de peau.

La popularité des conservateurs au Québec, hormis chez les électeurs de la capitale nationale et de la Rive-Sud, nage dans les abysses. Jean Charest se tiendra loin d'eux, au vu des contentieux notoires qui divisent les deux gouvernements.

M. Harper ne se montrera pas chez nous, au cours des prochaines semaines, et ses ministres se feront discrets, question de ne pas provoquer les électeurs insatisfaits autant de son régime que de celui de M. Charest. Une alliance entre deux queues de classe ne peut aller très loin.

Le premier ministre se méfie d'ailleurs de son homologue québécois : il n'a pas encore oublié qu'en 2007, le Québec a consacré les 700 millions $ consentis par Ottawa pour corriger le déséquilibre fiscal à des baisses d'impôt, et non au financement des services publics. On ne l'y reprendra plus à essayer de rendre service.

Le NPD jouera lui aussi aux observateurs attentifs, mais dans un contexte plus délicat. Certains de ses partisans penchent du côté libéral, d'où vient le chef Thomas Mulcair, d'autres vers Québec solidaire, un allié idéologiquement plus naturel.

Et ce, sans oublier les bloquistes ralliés d'un jour qui peuvent retourner à leur alma mater péquiste.

Le parti se veut prudent, pour le moment. «Nous n'avons pas donné de directives aux employés des députés, m'a-t-on écrit mercredi. L'implication politique est bien évidemment noble, mais si des employés le font, ils doivent prendre un congé sans solde.»

Autrement dit, attendons et on verra, malgré le malaise que peut susciter une alliance entre un parti de centre-gauche comme le NPD et une formation dite libérale mais menée par le toujours conservateur Jean Charest.

Je passe vite sur les deux autres partis, pour qui la non-ingérence et la non-indifférence n'ont aucun sens. Les bloquistes s'activeront pour le PQ, et les libéraux soutiendront leur parti frère, mais ces poids légers ne comptent pas vraiment sur la scène électorale québécoise.

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