Un tramway plus loin, mais plus tard

François Bourque
Le Soleil

On ne l'avait pas vu venir. Une expansion du projet de tramway jusqu'au campus Desjardins à Lévis, sept kilomètres plus loin que le plan initial avec un dernier arrêt à Saint-Romuald.

L'ajout s'est fait à la dernière minute. Il y a quelques semaines encore, le maire Régis Labeaume évoquait un tramway de 1,5 milliard $. Le nouveau scénario place maintenant la barre à 2 milliards $, pour ce que ça veut dire pour un projet dont il est impossible de prévoir une date de mise en chantier.

Que s'est-il passé pour que le tramway s'étire ainsi vers Lévis? Rien de compliqué.

L'administration de la mairesse Danielle Roy Marinelli en a fait la demande au comité de mobilité durable, qui ne s'est pas trop fait prier.

L'effet sur l'étude de faisabilité lancée cette semaine sera minime. Une facture additionnelle d'environ 100 000 $ pour le tronçon supplémentaire vers le campus Desjardins.

La vraie bataille viendra plus tard, dans quelques années, lorsque se prendra la décision de construire ou pas le tramway et de choisir les tronçons.

Personnellement, je me réjouis que Lévis soit pleinement intégrée au projet de tramway de Québec.

Les déplacements interrives représentent la principale source de congestion dans l'agglomération. Puisque Lévis fait partie du problème, il est logique qu'elle fasse aussi partie de la solution.

D'autant plus que Lévis planche déjà sur un projet d'amélioration des liens d'autobus dans le corridor Desjardins-tête des ponts-Saint-Nicolas.

L'objectif à court terme est celui de voies réservées avec parcours rapide, sur le modèle des Métrobus de la Rive-Nord. Il est vraisemblable qu'un tramway puisse un jour remplacer les autobus.

À la différence de l'administration Labeaume pour qui le tramway constitue d'abord un outil de développement, Lévis en fait d'abord un enjeu de transport.

Dans les faits, la différence n'est pas si grande. Le corridor tramway envisagé à Lévis traverse à l'est des ponts un territoire «vierge» que la Ville souhaite développer. Un tramway à Lévis aurait donc le même effet structurant.

Les villes qui font le choix du tramway arrivent à livrer en 10 ans. On compte quatre ou cinq ans d'études et autant d'années pour l'implantation. Cela pourrait logiquement conduire Québec vers 2022.

Or l'objectif de mise en service vient d'être repoussé à 2026. Quatre ans de plus qu'ailleurs.

Le groupe Accès transports viables a rapidement fait connaître sa déception, convaincu que Québec pourrait faire plus vite.

Je partage la perception et la déception.

Il y a déjà assez des imprévus et des impondérables de parcours sans y ajouter une cible de réalisation aussi molle.

Je m'explique mal qu'un maire autrement si pressé devienne si patient quand il s'agit de transport en commun.

Un tramway assorti d'un bon plan d'aménagement est le plus bel héritage qu'un maire puisse espérer laisser à une ville.

Explication officielle du Réseau de transport de la Capitale sur le report : les délais de décision et d'obtention du financement.

Cela en dit long sur l'efficacité des machines administratives. Ou sur leurs moyens financiers.

Puisqu'on en parle, le ministre des Finances Raymond Bachand a prévenu ce printemps que le gouvernement n'aura pas d'argent pour les tramways dans un avenir prévisible. Rien avant cinq ans au moins.

Cela va laisser le temps d'effectuer les études de faisabilité dont les contrats (5 millions $) ont été confiés cette semaine à trois consortiums pour livraison à l'automne 2014.

Cela laisse aussi les 24 mois requis pour des études d'impact et d'avant-projet qui devraient suivre, à condition de trouver les 20 millions $ qu'elles coûteront.

Cinq ans, c'est beaucoup de temps. Le temps pour le gouvernement du Québec de se refaire, si vous y croyez.

Le temps pour le fédéral de se convertir aux grands projets de transport en commun, si vous y croyez. Le temps de changer de gouvernement à Québec comme à Ottawa. Difficile de prédire la suite.

Dans le meilleur des cas, une décision finale, le «go-no go» sur le projet de tramway pourrait atterrir dans l'ordre du jour de l'année 2017.

On en sera alors à la fin d'un second mandat du maire Labeaume, s'il est réélu en 2013, comme il est vraisemblable de le penser. Je vois déjà l'extraordinaire thème de campagne électorale.

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