L'organisation du colloque a également été déçue de voir toute l'attention accordée par les médias au port du carré rouge par quelques membres de la délégation belge, ou encore à la rencontre entre le maire de Paris, Bertrand Delanoë, avec des leaders étudiants du Québec. C'est un peu comme si les Québécois avaient d'abord cherché, dans ce colloque, une résonnance de ce qui se passe ici au lieu de s'ouvrir sur ce qui se passe ailleurs dans le monde.
Même le PQ est tombé dans ce piège. Son critique en matière linguistique, Yves-François Blanchet, a consacré hier la moitié de son communiqué de presse à se féliciter de la publicité donnée au conflit étudiant et aux dénonciations des politiques du gouvernement Charest.
Malgré tout, ce premier Forum a reçu une couverture de presse correcte si l'on tient compte du fait qu'il a été tenu pendant la période estivale et en l'absence des chefs d'États et de gouvernements.
Toutefois, le véritable test est à venir. Il s'agit du suivi qui sera donné à cette rencontre. Même la liste des 15 priorités dévoilées hier en conférence de presse ne permet pas de conclure que le Forum a fait avancer les choses.
La majorité des préoccupations véhiculées par cette liste sont d'une portée générale et reprennent plusieurs souhaits émis à l'occasion des Sommets de la francophonie. C'est dans les détails de ces priorités, discutés à Québec, qu'on pourra évaluer l'influence réelle des participants. Et surtout, dans les moyens que les pays membres accorderont à ce suivi lors de leur prochaine réunion annuelle en octobre à Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo. Si cette réunion se tient... compte tenu de la réticence de plusieurs chefs de gouvernements, dont Stephen Harper et François Hollande, à y participer, à cause de la fraude électorale qui a marqué l'élection controversée de Joseph Kabila.
L'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) ne dispose pas d'un budget énorme. C'est l'appui financier des pays membres et du secteur privé qui lui donnera les outils nécessaires à la mise en oeuvre des priorités issues de la rencontre de Québec.
À titre d'exemple, le Forum de Québec a coûté tout près de 5 millions $, dont 2 millions $ venaient du Québec et 1 million $ du gouvernement canadien. Le Nouveau-Brunswick et le gouvernement français ont également contribué, de même que la Ville de Québec qui a fourni des locaux et des services à l'organisation. Mais pour la première fois, le secteur privé a déboursé tout près de 1 million $, ce qui est exceptionnel dans l'histoire de l'OIF.
La tenue de ce premier Forum suppose qu'il y en aura d'autres. Les pays hispanophones ont été les premiers à se lancer dans cet exercice. Le but n'est pas seulement de conseiller les gouvernements, mais bien davantage de créer des liens, des réseaux, dans différents domaines d'activités. Cela prend des années et plusieurs rencontres. Dans le cas actuel, c'est vers la croissance démographique exceptionnelle de l'Afrique francophone que se tournent les espoirs de la francophonie du nord. Mais cette croissance démographique a besoin d'être appuyée pour devenir une composante dynamique de la place du français dans le monde. C'est la raison pour laquelle le Forum de Québec, si on lui donne un suivi adéquat, mérite d'être répété tous les trois ans.