Bernard Drainville a subi le même sort lorsqu'il a annoncé sa candidature pour le PQ, en février 2007, quatre jours à peine après avoir effectué une entrevue avec André Boisclair à titre de chef de bureau de Radio-Canada. Le bureau de l'ombudsman de la société d'État a été saisi d'une plainte et a conclu ainsi : «Il est facile de juger qu'il aurait été préférable que le journaliste Bernard Drainville s'abstienne d'interviewer le chef du Parti québécois André Boisclair. L'ombudsman n'estime pas pour autant qu'il faille faire un procès d'intention au journaliste : l'historique de son parcours professionnel illustre qu'il a toujours respecté le principe d'intégrité. Par ailleurs, l'ombudsman estime qu'en définitive, il revient aux citoyens électeurs de juger de l'intégrité des candidats à l'Assemblée nationale.»
Si je dis qu'il est délicat pour un journaliste de s'impliquer en politique, c'est que j'ai dû me poser la même question lorsque j'ai accepté le poste de secrétaire de presse de Brian Mulroney, en 1989. Contrairement à Drainville, Duchesne, Christine St-Pierre ou Gérard Deltell, je n'ai pas eu à réfléchir très longtemps : l'offre est arrivée un vendredi et je l'ai acceptée la semaine suivante après en avoir informé mes supérieurs. La transition a été beaucoup plus angoissante pour mes anciens collègues qui ont dû y réfléchir pendant de longues semaines. Dans leur cas, il ne s'agissait pas d'accepter ou de refuser un emploi, mais de s'engager personnellement avec tous les risques que cela comporte.
Compte tenu de ces risques, je leur lève mon chapeau même si je reconnais que la façon dont ils ont géré leur transition à la politique aura soulevé des doutes sur leur comportement professionnel. Sans retourner jusqu'à René Lévesque et Claude Ryan, il n'est pas exagéré de dire que les journalistes qui ont pris le risque de se lancer en politique active y ont apporté une contribution importante. Dans un monde où les communications sont de plus en plus complexes mais tellement importantes, leur expérience professionnelle est précieuse. Les plus belles politiques au monde sont impuissantes si les gouvernements sont incapables de les expliquer.
L'implication politique est un métier à risque généralement très ingrat. Les journalistes qui décident de s'engager en connaissent les difficultés et savent à quel point leur qualité de vie en souffrira. Ce qu'ils ne savent pas toujours cependant, c'est à quel point les critiques de leurs adversaires et les commentaires de leurs anciens collègues feront mal.
Pierre Duchesne n'a pas géré parfaitement son passage à la politique. Mais je préfère le voir «se mouiller» officiellement que de se cacher derrière son média comme le font parfois certains chroniqueurs ou analystes pour faire de la politique sans le dire.