Pas grave. Le Québec semble prêt à le couver le temps qu'il faudra. On trouve difficilement plus enthousiaste qu'un ministre québécois prononçant un discours sur la place du français dans le monde.
Plus positif, tu peux servir d'électrode sur n'importe quelle pile.
«Le gouvernement du Québec consolide son leadership au sein de la Francophonie», clamait un communiqué, à l'ouverture du Forum mondial de la langue française, lundi, à Québec.
Des fois, on se demande si le gouvernement du Québec ne souffre pas d'un trouble de la personnalité. Il faut se pincer pour se convaincre qu'il s'agit des mêmes gens qui n'osent quasiment plus commenter la situation linguistique chez eux. Comme s'il s'agissait d'un terrain miné.
Qui se souvient du dernier discours significatif prononcé par un premier ministre sur la situation du français, au Québec?
Je vous parie que cela remonte à l'époque des cassettes huit pistes et du Rubik's Cube.
Dès qu'il est question de langue, le Québec se met à ressembler au vendeur de bateau fantôme. «Bien sûr, ce navire n'a pas de voile, disait-il. Mais vous ne courez aucun risque, puisqu'on a aussi oublié la coque.»
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Ne croyez pas que la névrose linguistique est une exclusivité du gouvernement Charest.
Au Québec, il y a un certain temps que la diffusion de statistiques sur la situation du français - en particulier à Montréal - s'accompagne de précautions dignes du transport de matériel radioactif.
Le comble a été atteint en 2008, avec le dépôt d'un bilan quinquennal de l'Office québécois de la langue française. L'Office avait distribué 1700 pages d'études et de statistiques en vrac. Sans autre forme d'analyses.
Comme si le médecin vous balançait une pile de radiographies en disant : «Voilà, vous avez tout ce qu'il faut pour poser un diagnostic!»
Plus récemment, l'Office s'est distingué par des analyses si pointues que l'on finira par en réserver la lecture aux seuls fakirs diplômés...
«Certaines données peuvent contribuer au sentiment que Montréal s'anglicise, alors que ce n'est peut-être pas le cas», a confié la pdg de l'Office, le mois dernier, à La Presse Canadienne.
Aussi limpide que la célèbre affiche : «Pour la compétition de tir à l'arc, suivez les flèches.»
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La francophonie ressemble à un oeuf. Mais contrairement au Québec, Stephen Harper n'a pas la vocation d'une mère poule. En 1951, le Canada comptait 29 % de citoyens de langue maternelle française. En 2031, la proportion devrait osciller entre 15 et 18 %.
Loin de s'inquiéter, le gouvernement canadien semble s'en désintéresser complètement.
Le plus incroyable, c'est qu'il se trouve toujours un Frenchie de service pour l'encourager.
Le mois dernier, c'est un francophone qui a défendu avec le plus d'enthousiasme la nomination de juges unilingues à la Cour suprême du Canada.
«Je ne suis pas juriste, mais il me semble qu'à la Cour suprême, ce ne sont pas les citoyens qui plaidoient [sic] devant les juges, a expliqué le député conservateur Bernard Trottier. [...] De toutes les cours, il me semble que la Cour suprême est celle où on a le moins besoin de compétences linguistiques. [...]» Apparemment, M. Trottier ne voit pas d'objection à ce qu'un juge se contente d'un résumé pour se forger une idée.
Si l'on suit ce raisonnement fulgurant, rien ne s'oppose à la nomination de juges unilingues russes ou serbo-croates...
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À l'ouverture du Forum mondial, le secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie, Abdou Diouf, a invité les participants à devenir des «indignés linguistiques».
Quand on y pense, Stephen Harper possède autant de chances de se transformer en «indigné linguistique» que le député Amir Khadir en possède d'être élu à la tête du Conseil du patronat.
Mais par hasard, juste avant le Forum, le bureau de M. Harper a transmis une invitation contenant deux fautes de français.
Deux fautes en 20 mots!
En temps normal, l'incident n'aurait guère d'importance. Mais dans les circonstances, il est difficile de ne pas y voir l'indice supplémentaire d'une indifférence sidérale.
Pour l'instant, le Québec la lui rend bien. Vous permettez?
En quittant la région, les mauvaises langues racontent que M. Harper a fait modifier à sa convenance son avion.
Il a fait installer deux ailes droites...