Même si c'était jour férié, je m'attendais à ce que son discours soit diffusé en direct à la télé. Après tout, les premiers ministres Stephen Harper et Jean Charest ont également pris la parole à cette occasion, ainsi que le maire de la ville-hôte, Régis Labeaume. Mais les «indignés linguistiques» étaient trop sages pour obtenir un direct à la télé. Ni RDI ni LCN n'ont diffusé l'événement. De la part de LCN, c'est moins surprenant, mais de RDI, c'est étonnant. Deux premiers ministres et le secrétaire général de la Francophonie, ça entre généralement dans le mandat de la société d'État.
Vérifications faites, la décision a été prise il y a déjà quelques semaines, et ce sont les contraintes budgétaires qui ont joué. Faire entrer tout le personnel nécessaire une journée fériée aurait coûté «un bras» en heures supplémentaires. Et comme le gouvernement Harper vient tout juste de sabrer les dépenses de Radio-Canada, j'imagine que les dirigeants de la société d'État n'ont pas eu de grands remords de conscience en décidant de ne pas diffuser.
Stephen Harper n'est pas le grand perdant de cette décision. Pour lui, ce Forum mondial de la langue française est la «patente» de Jean Charest et de son ami Abdou Diouf. Il devait y assister puisque c'est le Canada et non pas le Québec qui est le pays hôte, mais ce n'était pas «son» événement. La monarchie britannique occupe plus de place dans ses priorités. Au dernier Sommet de la Francophonie, à Montreux, M. Harper s'est contenté de faire acte de présence, laissant toute la place à Jean Charest, qui multipliait les points de presse et qui a eu le beau rôle parmi les chefs d'État et de gouvernement. M. Charest est tellement à l'aise dans ce forum qu'on lui a prêté, à tort évidemment..., le désir secret d'en prendre un jour les commandes...
Les grands perdants de la décision des grands réseaux de ne pas diffuser, ce sont les participants et notamment les jeunes comme Mathieu Lippé ou Mariane St-Onge, qui ont livré de bien beaux textes. C'est également Jean Charest et Régis Labeaume, pour qui cette rencontre internationale revêt beaucoup d'importance. M. Charest a certainement sursauté en apprenant que l'événement n'était pas diffusé en direct. Il l'était sur le site Internet de la Francophonie, mais ce n'est pas pareil : la diffusion n'avait pas la même qualité et certainement pas le même auditoire.
«Bousculez-nous, étonnez-nous, inspirez-nous pour le présent et pour l'avenir», a demandé Abdou Diouf aux participants à ce forum.
Il faudra en effet qu'ils bousculent, qu'ils étonnent et qu'ils inspirent, ce millier de jeunes réunis à Québec pour la semaine. Parce qu'au début juillet, alors que les gens et les médias ont davantage la tête aux vacances qu'au travail, il est très difficile de faire passer ses messages.
Remarquez bien que juillet n'est pas si mal quand on y pense deux fois : à l'origine, le Forum devait se tenir en mai. Vous imaginez ce que ça aurait donné, en plein milieu du conflit étudiant? Et là, tout aurait été diffusé en direct!