Depuis le début de la diffusion de la pub, il s'en trouve pour dire qu'il s'agit d'un coup bas. D'une tactique déloyale. Le Parti libéral du Québec a même tenté d'expliquer que sa pub n'était pas «négative».
Trop négative ou pas assez positive? Après une telle séance de découpage de cheveux en quatre, on ne saurait trop conseiller une participation à un championnat mondial de coiffure. Ou un concours consistant à épiler les pattes de mouche...
«La publicité électorale malhonnête utilise le mensonge pour tromper le public», dirait l'explorateur Vilhjalmur Stefansson. «À ne pas confondre avec la publicité électorale honnête, qui se contente d'utiliser la vérité pour faire la même chose...»
C'est l'histoire d'une publicité libérale qui suscite beaucoup de réactions.
Pas toujours facile de s'y retrouver.
D'un côté, on répète que la politique constitue une chose sale. Dès qu'un sondage identifie les professions les plus dignes de confiance, les politiciens figurent au bas de la liste. Presque aussi bas que les journalistes et les tueurs à gages, c'est vous dire.
En même temps, on s'étonne chaque fois que les politiciens se comportent en goujats.
C'est comme si on ne pouvait s'empêcher d'espérer autre chose. Comme si on rêvait de remettre le dentifrice dans le tube...
Loin de moi l'idée de chercher des excuses.
Mais à la veille d'élections particulièrement incertaines, on s'attendait à quoi?
On croyait que les partis politiques allaient tuer le temps en organisant un colloque sur le rôle de la liqueur de papaye dans le développement du concept de dignité chez les évergètes de la Grèce antique? Un événement suivi d'une grande farandole multipartite, chantant youpélaye-youpelayé?
C'est vrai que la publicité négative n'est pas si courante au Québec.
Mais ici comme ailleurs, la politique va cueillir l'électeur là où il se trouve. Quitte à se vautrer dans la graisse de rôti.
Est-ce qu'il y a des limites? Ça dépend. Il n'y a pas de limites, tant qu'une recette fonctionne.
Les exemples célèbres abondent.
En 2002, aux États-Unis, une campagne publicitaire négative a démoli la carrière du sénateur de la Géorgie, Max Cleland.
Dans un clip télévisé, une voix d'outre-tombe accusait le sénateur de manquer de courage. Sa photo défilait parmi celles de Saddam Hussein et d'Oussama ben Laden, comme des complices.
L'attaque apparaissait particulièrement vicieuse, dans la mesure où le sénateur a perdu les deux jambes et un bras au combat. Durant la guerre du Viêtnam...
À la fin, Cleland a été battu. Humilié, désarçonné, il a mis des années à rebondir.
Jusqu'au bout, ses adversaires ont joué sur les mots. À les entendre, leur pub était dure, mais pas inexacte. Pas entièrement vraie, mais pas complètement fausse.
La publicité politique, cela ressemble parfois à l'épicier qui inscrit «ouvert 24 heures» sur son commerce et qui ferme à 17h.
Aux clients qui remarquent qu'il n'est pas ouvert 24 heures, il répond: «Oui, mais pas consécutives.»
C'est l'histoire d'une publicité qui ressemble à une introduction pour un scénario de politique-fiction.
Le 15 août, c'est la rentrée des cégeps.
Dans les établissements en grève, des étudiants défient la loi spéciale. Ils tentent de bloquer le passage. L'antiémeute fonce dans le tas.
Soudain, le premier ministre Jean Charest apparaît au milieu du chaos quasiment programmé. Entièrement blanc, comme dans une publicité récente. Un croisement entre M. Propre et le magicien Gandalf du Seigneur des anneaux, de retour d'abîmes sans nom.
«Comme par hasard, je déclenche des élections et j'ordonne qu'on repeigne le parlement en rose nanane, déclare-t-il.
- Pourquoi en rose nanane? demandent tous les Québécois.
- Braves électeurs, conclut Jean Charest, je savais que vous ne poseriez pas de question sur les élections.»