Parce que même s'ils sont là pour servir la justice, les témoins vont se faire brasser dans cette enceinte.
Mercredi, l'avocate du Parti québécois, Me Estelle Tremblay, s'est attaquée à la crédibilité de Duchesneau. Jeudi, l'avocat représentant le ministère des Transports du Québec (MTQ), Me Benoît Boucher, l'a torturé avec des questions tellement pointues que la commissaire Charbonneau a dû intervenir. La veille, après une séance particulièrement corsée, Mme Charbonneau avait déjà prévenu les avocats qu'elle ne permettrait plus d'interrogatoires aussi «agressifs».
Ces séances ont été tellement dures qu'à la fin des travaux, la commissaire Charbonneau a remercié les témoins qui ont «brisé la glace, certains ayant été plus éprouvés que d'autres».
Pour comprendre ce qui se passe, il faut savoir que tous les organismes ou institutions qui ont obtenu le statut de participants à la commission Charbonneau l'ont demandé pour défendre leurs intérêts. Les avocats qui les représentent ne sont donc pas là pour servir les fins de la commission, mais pour protéger la réputation de leurs clients. Jeudi, l'avocat du ministère des Transports a passé la matinée à tenter de démontrer que le MTQ ne s'était pas traîné les pieds pour répondre aux besoins de l'équipe de Duchesneau. Son interrogatoire l'a mené jusqu'à l'existence d'une salle de toilette et d'une cuisine des locaux utilisés par l'Unité anticollusion...
Ce qui a surpris tout le monde, par ailleurs, c'est de voir l'avocate du Parti québécois, Estelle Tremblay, s'attaquer à la crédibilité de M. Duchesneau. Pauline Marois a affirmé, jeudi, que l'avocate avait «poussé un peu loin...» Tout ce que le PQ voulait, a-t-on expliqué, c'était d'obtenir le rapport «bénévole» de Duchesneau sur «l'argent sale» pour s'en défendre. Avocate d'expérience et d'une compétence reconnue, Estelle Tremblay n'a sans doute pas apprécié qu'on lui fasse un tel reproche. Selon toute vraisemblance, son mandat lui a été mal expliqué... Mais peu importe la raison, le PQ a donné l'impression d'avoir des choses à cacher au même titre que les libéraux.
Les audiences publiques de la commission se sont terminées jeudi et reprendront le 17 septembre, date probable des prochaines élections. Les travaux de cette semaine ont démontré à quel point cette enquête touche des intérêts puissants qui ne feront pas de quartier lorsqu'ils seront mis en cause. La commissaire Charbonneau et son collègue Renaud Lachance ont démontré qu'ils ont de la poigne et qu'ils ne se laisseront pas divertir ou égarer par les jeux de coulisses et les effets de toge. Ils ont le pouvoir de contraindre les témoins récalcitrants à venir s'expliquer. Mais le sort réservé à Jacques Duchesneau cette semaine donne à penser que peu de gens se porteront volontaires pour aller se faire crucifier aux audiences de la commission, d'autant plus que ces audiences sont diffusées en direct à la télévision. Dans un tel décor, un simple trou de mémoire donne l'impression que vous avez des choses à cacher ou que vous ne dites pas toute la vérité. Si c'est arrivé à un ancien chef de police de Montréal comme Duchesneau, vous imaginez bien le sort qui sera réservé aux entrepreneurs, aux syndicalistes, aux fonctionnaires et aux politiciens...