En son absence, il ne reste qu'un nom de premier plan, celui de Justin Trudeau, qui ne pourra désormais résister aux pressions malgré toutes ses réserves personnelles.
Le député de Papineau se trouve en quelque sorte prisonnier politique de son parti et, surtout, de sa propre volonté de «servir son pays», selon sa propre expression.
Un sondage tout récent confirmait ce que nous pouvions constater sur le terrain: seul parmi tous les libéraux, le fils de l'ancien premier ministre Pierre Trudeau attire les foules.
Son non, d'hier, en point de presse, était assorti d'un large sourire, de déclarations de principes et de rappels de ses obligations familiales. Après tout, il a la politique dans le sang, et cela se voit jour après jour.
D'accord, «cela ne change à rien», a-t-il dit avant de confirmer qu'il réévaluera sa décision à la suite des pressions qui venaient de partout et qui ne font que se multiplier.
Autrement dit, non aujourd'hui, plus tard, on verra. Quant à sa vie de famille, il pourra toujours y consacrer le même temps qu'à l'heure actuelle, alors qu'il sillonne le pays à l'appel des libéraux de partout, en tant qu'étoile de leurs soirées de financement.
Le seul fait qu'il promette de nous avertir en temps et lieu prouve que la porte est moins bien fermée qu'elle ne l'était jusqu'à 10h hier matin, lorsque M. Rae a annoncé sa décision à son caucus.
Malgré toutes leurs qualités, les Marc Garneau, David McGuinty, Dominic LeBlanc, Martin Cauchon et autres candidats potentiels perdront leur temps et leur argent si le favori du jour confirme son intérêt.
Il en va de même pour les anciens députés Gerard Kennedy et Martha Hall Findlay, candidats malheureux contre Stéphane Dion en 2006 et battus aux dernières élections, ce qui en dit long sur leur poids politique.
Quant à Denis Coderre, le lancement officieux de sa campagne pour la mairie de Montréal sous le couvert du 15e anniversaire de sa première victoire comme député, confirmait qu'il a la tête ailleurs. De toute manière, il a zéro influence hors Québec depuis sa mémorable sortie contre la «gang de Toronto».
Les libéraux ont choisi à leur dernier congrès d'ouvrir le droit de vote pour leur prochain chef aux sympathisants du parti, et non seulement aux membres en règle.
La notoriété des candidats prend alors une importance de premier plan: M. Trudeau, tout comme M. Rae s'il avait choisi de se présenter, n'aura aucune difficulté à rassembler des âmes sympathiques.
La décision de M. Rae étonne toutefois, compte tenu du succès de son intérim. Il avait d'abord promis de ne pas se présenter, même si personne ne croyait vraiment à cet engagement. Il donnait tous les signes d'un intérêt certain pour diriger le Parti libéral du Canada aux prochaines élections.
Lui-même avouait hier avoir «patiné» durant plusieurs points de presse, lorsqu'on l'interrogeait sur son avenir. Sur le fond, a-t-il reconnu, il n'aurait pas su expliquer pourquoi il reniait son engagement initial.
Mais l'arrivée de Thomas Mulcair à la tête du Nouveau Parti démocratique a stoppé net les aspirations de l'ancien premier ministre de l'Ontario, faut-il dire, et M. Rae a choisi de donner priorité au renouvellement de son parti.
M. Trudeau, de son côté, joue le coeur et les émotions. À lui les grandes orientations politiques et, surtout, le service à la clientèle, c'est-à-dire la récolte des votes.
Et à d'autres la concrétisation d'un programme détaillé. Comme les libéraux cherchent un gagnant, leur choix est déjà fait, si l'élu de leur coeur accepte le défi. Je constate, simplement.