Mini Bush et les méchants écologistes

<p>Jean-Simon Gagné</p>

Jean-Simon Gagné
Le Soleil

(Québec) Dès qu'il est question d'environnement, le premier ministre Stephen Harper, alias «mini Bush», démontre toute la délicatesse d'un bulldozer zigzaguant dans un champ de fraises mûres.

Vrai que lorsqu'il a été réélu en mai 2011, personne ne s'attendait à ce qu'il repeigne le Canada en vert. Ou à ce qu'il pleure sur le sort d'une obscure espèce de limace naine, indisposée par les dérivés du pétrole, quelque part dans le nord de la Saskatchewan.

Dès 2002, M. Harper décrivait le Protocole de Kyoto sur les changements climatiques comme un «complot socialiste». Et l'an dernier, son ministre de l'Environnement, Peter Kent, a prétendu sans rire que le Canada avait dû se retirer du Protocole, sous peine d'avoir à payer 14 milliards $ en pénalités diverses.

Plus éloigné de la réalité que cela, on ne croit même plus le contraire de ce que tu dis.

Ne boudons pas notre plaisir. À l'époque où George W. Bush était président des États-Unis, de nombreuses blagues se moquaient de son indifférence envers le réchauffement climatique.

On disait même que son plan ultime pour refroidir la planète consistait à mesurer la température en Celsius plutôt qu'en Fahrenheit.

Désormais, c'est à notre tour de rire jaune. Si le Canada était une voiture, les grands pollueurs auraient le pied sur l'accélérateur. Et le gouvernement conservateur conduirait l'engin, en ne regardant que par la fenêtre arrière.

Sûr que personne n'a jamais confondu Stephen Harper avec un militant écologiste. En 2006, il comparait l'exploitation des sables bitumineux albertains à la construction des pyramides d'Égypte et de la Grande muraille de Chine. «C'est seulement plus gros», confiait-il à des investisseurs londoniens.

Même au sein de l'industrie pétrolière, on brosse sans doute un bilan moins triomphaliste.

Mais peu importe. Car avec le projet de loi sur le budget C-38, le gouvernement Harper se surpasse. D'un seul coup, il entend diminuer la portée environnementale de la Loi sur les pêches. Fermer les laboratoires chargés d'étudier la pollution chimique de l'eau. Assouplir les règles sur la construction de pipelines et de lignes électriques. Démanteler une partie du système d'évaluation environnementale. La liste pourrait s'allonger encore, mais je préfère m'arrêter ici.

Ah oui, j'allais oublier. Malheur aux organismes environnementaux jugés trop critiques. Le gouvernement a même annoncé la dissolution de la Table ronde nationale sur l'environnement, une organisation qui n'a pourtant rien à voir avec un groupuscule de communistes barbus chaussés de sandales en macramé. Vérification faite, la Table a été créée en 1988 par nul autre que le conservateur Brian Mulroney...

Des fois, le gouvernement Harper ressemble au guide touristique cruel, qui dit soudain à son client, au fond de la jungle : «Voilà des pistes de tigre. Allez voir où elles conduisent. Je me charge de déterminer d'où elles proviennent...»

Jadis, du temps où ils végétaient dans l'opposition, les conservateurs dénonçaient une certaine hypocrisie canadienne en matière d'environnement. Une manie de se fixer des objectifs très ambitieux, sans se donner véritablement les moyens de les atteindre.

Mais ces jours-ci, on se demande s'ils ne sont pas en train de jeter le bébé avec l'eau du bain.

Vous comprenez que les choses ne tournent pas rond le jour où même la Chine vous fait la leçon en matière d'environnement. Or, c'est exactement ce qui est arrivé à la Conférence de Durban, en décembre! La Chine a sermonné le Canada pour sa politique «regrettable» en matière de changements climatiques!

Aussi inattendu que de recevoir des conseils de hockey de la part du Koweït!

Jadis, les farceurs se moquaient de la ville anglaise de Manchester, «tellement polluée que les oiseaux vous y réveillaient le matin, à force de tousser».

Désormais, les mêmes disent que Pékin, la capitale chinoise, est si polluée que «ce sont les oiseaux qui changent de couleur et qui tombent des branches des arbres, à l'automne»...

Mais au rythme où vont les choses, qui sait ce que les farceurs diront du Canada, dans 10 ou 20 ans?

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