Même pas la fin du début

<p>Jean-Simon Gagné</p>

Jean-Simon Gagné
Le Soleil

(Québec) À quoi bon se raconter des histoires? Ou comme disaient les cow-boys : «À quoi bon faire pipi dans le dos du voisin pour essayer de faire croire qu'il pleut?»

Après trois mois et demi de grève étudiante, le temps fait son oeuvre. Comme si le pourrissement de la crise finissait par salir tout le monde. Le temps banalise les dizaines - voire les centaines - d'arrestations simultanées. Il donne une apparence de normalité au fait de menotter des manifestants pour de simples contraventions au Code de la sécurité routière.

Même l'envoi de lettres menaçantes à des dizaines de personnalités publiques n'a plus l'air d'émouvoir outre mesure.

L'exagération devient la règle. D'un côté, on prétend s'inspirer de Gandhi ou de Martin Luther King. De l'autre, on affirme sans rire qu'une bombe fumigène dans le métro de Montréal équivaut à un attentat terroriste. À la fin, même les chiffres ne veulent plus dire grand-chose. Selon les estimations, la crise pourrait coûter plus de 200 millions $ à la société québécoise, alors que la hausse des droits de scolarité devait rapporter environ 65 millions $ la première année. Comprenne qui pourra. «Quand vous êtes enfoncé jusqu'aux aisselles dans les alligators, répétait Ronald Reagan, il est parfois difficile de se souvenir qu'il faut assécher le marais.»

Comme disent les informaticiens : «L'échec n'est jamais une option. Il est inclus dans le logiciel.»

Alors pour détendre l'atmosphère, je me permets une parenthèse. Un détour pour rappeler que la crise a tellement déboussolé le Québec que même le coup de foudre délirant de Stephen Harper envers la monarchie passe largement inaperçu.

Au Canada, la marine est redevenue «royale». Les portraits de la reine ont réintégré les ambassades, comme aux beaux jours de l'époque coloniale. Récemment, pour le 60e anniversaire du règne d'Élisabeth II, M. Harper s'est même précipité à Londres pour offrir un tableau presque aussi grand qu'un mammouth.

Il paraît que cela fait partie d'une vaste stratégie pour réorienter le patriotisme canadien vers des valeurs traditionnelles. Mais vous connaissez la chanson. Les symboles sont au politicien ce que le glaçage est à l'apprenti pâtissier. Plus il en met, plus cela lui permet de cacher les défauts de sa pâtisserie.

Quant à savoir si Sa Majesté va remarquer l'improbable coup de foudre canadien, permettez-moi d'en douter.

Un jour, la première ministre Margaret Thatcher avait voulu instaurer une procédure pour éviter qu'elle ne porte la même robe que la reine, lors de cérémonies.

La Maison royale aurait rejeté l'initiative en ces termes :

«Inutile. Sa Majesté ne remarque jamais ce que porte un de ses sujets.»

Mais ne nous égarons pas.

Après des mois de grève étudiante, le temps fait son oeuvre. Même les dernières révélations sur le gouvernement libéral tombent à plat. Promis, vous titillerez davantage l'intérêt en dévoilant le nom du vainqueur du concours annuel du lancer du béret de Berzème, en France.

Tout cela tombe bien pour la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, qui se retrouve dans l'embarras pour sa gestion suspecte de centaines de millions de dollars reliées à des infrastructures sportives. Selon le Vérificateur général, le cabinet de la ministre se réservait le droit de trier les subventions, avant même leur examen par la fonction publique.

Inconvenant mais pas illégal. D'ailleurs, la situation aurait été corrigée. Et tout sentiment de déjà-vu doit être mis sur le compte d'une imagination débordante, comme pour la blague suivante...

«À la veille des élections, l'épouse du premier ministre Jean Charest effectue une tournée au Québec. Jour après jour, elle entend ses interlocuteurs injurier les anciens premiers ministres québécois. Elle en revient bouleversée.

- Mon pauvre ami, dit-elle à son mari. Que diront-ils de toi, ces monstres, si jamais tu perds les élections et qu'un autre te remplace?

Jean Charest la regarde d'un air interloqué. Puis il répond, le sourire aux lèvres :

- Rassure-toi. Après ce que j'ai fait subir au Québec, qui pourrait encore vouloir prendre ma place?»

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