Voilà, nos chers élus à Ottawa ont interrompu momentanément leurs travaux parlementaires, hier, pour célébrer par cette «humble adresse» le60e anniversaire sur le trône de notre reine à tous, Élisabeth II.
Oublié, le temps de cet hommage médiéval, le coup de force législatif du gouvernement conservateur, qui impose des réformes fondamentales sous le couvert d'un projet de loi fourre-tout sur le budget.
En ces minutes de trêve royale, libéraux et néo-démocrates se réjouissent autant que les conservateurs de cet anniversaire.
Dans le cas des partis de Stephen Harper et de Bob Rae, aucune surprise. Un sondage de la firme Harris/Décima réalisé du 17 au 20 mai confirme la popularité de la monarchie auprès de leurs électeurs.
Une majorité de Canadiens (51 % contre 43 %) appuient toujours ce régime, une forte majorité de Québécois (71 % contre 24 %) le rejettent. Il n'y a pas plus deux solitudes en vue que sur ce dossier.
Le Nouveau Parti démocratique, lui, vit mal la contradiction entre les voeux de ses électeurs plutôt opposés à la monarchie et sa volonté de gagner des votes dans les autres provinces.
«Ce débat n'est pas une priorité pour les Canadiens», m'a fait dire Thomas Mulcair par l'entremise de son porte-parole.
Ce qui n'a pas empêché son parti d'envoyer au micro le Néo-Écossais très royaliste Peter Stoffer pour transmettre les chaleureuses félicitations de la «loyale opposition de Sa Majesté», selon sa propre expression.
Son avalanche de louanges «au nom de tous les néo-démocrates du pays» en était gênante, mais au moins il n'a pas dit un mot en français, contrairement au ministre Jason Kenney et à Bob Rae, ce qui évitera à son parti l'embarras d'être cité trop souvent chez nous.
Vaut-il mieux attirer l'attention sur un sujet qui choque, ou tout simplement l'ignorer en espérant qu'il disparaisse de lui-même?
Le Bloc québécois a choisi la voie du silence, hier, aux Communes. «Il n'y a pas de quoi jubiler», a lancé le chef Daniel Paillé par voie de communiqué. C'est vrai, et en même temps pas très brave, direz-vous.
Mais le parti a décidé de ne pas casser le party des royalistes nettement majoritaires hors Québec.
Comme on a d'autres chats à fouetter que la monarchie, il n'y a pas de quoi discuter trop longtemps non plus. La bonne nouvelle, hier, était que les députés ont utilisé seulement la moitié de leur temps de parole, soit 40 minutes sur 80. Merci pour la bonne pensée.
Et en passant, félicitations à la reine d'Angleterre pour son long règne. Nous n'avons pas à choisir le régime politique des autres pays, pourvu qu'il soit démocratique. Si les Britanniques aiment leurs traditions, tant mieux pour eux.
L'épiderme sensible, suite
Je notais dans ma chronique de samedi dernier l'épidermite aiguë des politiciens canadiens et québécois par rapport aux critiques de l'étranger.
Ces coeurs sensibles n'ont pas fini de se gratter, s'ils lisent le billet de Jean-Claude Guillebaud dans le Nouvel Observateur présentement en kiosque, mais non disponible en version électronique.
Un extrait de ce familier du Québec pour faire saliver, le reste étant à l'avenant : «Il faut appeler un chat un chat. Le gouvernement de Jean Charest est à la fois autoritaire, idéologiquement caricatural et affairiste en diable.»
Du boulot en perspective pour les rédacteurs de texte de la ministre Monique Gagnon-Tremblay, je présume.