1. Les hausses de prix, de taxes ou de droits de scolarité sont toujours désagréables, mais finissent par devenir inéluctables. Ne serait-ce que pour suivre l'inflation.
2. Entre le gel des droits de scolarité et une hausse de 75% (5 ans) ou 82%(7 ans), il y avait beaucoup d'espace pour se rejoindre, si les parties l'avaient voulu.
3. Les leaders étudiants sont d'excellents communicateurs et politiciens. Ce qui ne veut pas dire qu'ils aient raison en tout.
4. Le gouvernement a mal jugé l'ampleur de la grogne des étudiants les plus militants et a trop tardé à s'asseoir pour discuter. On le sait aujourd'hui, mais c'est toujours plus facile de le dire après.
5. Il était inacceptable que des étudiants militants empêchent d'autres étudiants de suivre les cours qu'ils ont payés.
6. La loi 78 était un pari intéressant tant qu'elle visait à sauver les sessions et faire baisser la tension.
7. En en faisant aussi un instrument de contrôle des manifestations, elle est devenue contre-productive en plus d'être inefficace.
Je n'avais jusque-là pas de véritable grief contre le gouvernement sur les droits de scolarité. Depuis, il me semble avoir trouvé davantage de sympathie pour la rue.
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Je suis arrivé dans la Côte d'Abraham au moment où la police venait de frapper.
J'ai croisé le collègue du Journal de Québec encore ébranlé d'avoir été projeté au sol par la police antiémeute. Dire que j'ai écrit cette semaine que la police de Québec était cool.
J'ai entendu ce soir-là beaucoup de manifestants dénoncer la violence inutile et les insultes des policiers.
La vérité est aussi que beaucoup de manifestants narguaient et insultaient les policiers. Leur patience à eux aussi a des limites.
J'ai entendu avec amusement, des idéalistes tentant de raisonner des policiers, de les convaincre de déposer les armes et de quitter leur job pour sauver la démocratie.
J'ai surtout eu l'impression pendant cette fin de soirée dans les rues de St-Roch, de la Colline et du Vieux Québec d'assister à un grand jeu.
Des manifestants fuyant des policiers qui faisaient semblant de vouloir les attraper, sans y mettre tous les efforts.
J'ai croisé ce soir-là, place D'Youville, l'architecte Pierre Thibault.
Nous avons échangé un moment sur l'agitation des dernières semaines en ville.
Pas un mot sur les droits de scolarité ou la loi 78. Mais nous avons parlé des casseroles dans les rues et de celles qui leur répondent depuis les balcons et les terrasses des logements.
Parlé des marches festives et contagieuses où les agendas de toutes les causes se mêlent aux tambours et trompettes de carnaval.
De ces manifs devenues des happenings, pimentées par la peur et le plaisir de défier l'interdit.
Pierre Thibault a toujours plaidé pour des places publiques et des rues animées qui rendent les villes attrayantes.
On retrouve cet esprit dans les manifestations étudiantes du printemps.
Je sais que je m'aventure ici en terrain délicat.
À petite échelle, comme les rues de Québec, les manifestations contribuent à animer la ville. Cela vaut tant qu'il n'y a pas de grand dérapage, de casse ou de violence.
À grande échelle, comme à Montréal, c'est une autre histoire. Lorsque les manifestations deviennent trop lourdes ou menacent la quiétude, les affaires et l'agenda public, elles ont l'effet contraire. Elles paralysent la ville et en étouffent la vitalité.
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Sans banaliser les enjeux et la grogne, il est assez extraordinaire que le Québec ait semblé tant se déchirer sur un enjeu au départ aussi pointu.
On s'est empressé d'y voir le signe d'un malaise social plus profond et plus généralisé. Possible.
Mais peut-être est-ce aussi le signe que nous n'avons pas assez de vrais problèmes et de vraies causes à débattre. Ou alors, que beaucoup de jeunes (et de moins jeunes) s'ennuient.