La maladie de l'épiderme sensible

Raymond Giroux
Le Soleil

(Ottawa) Décidément, les Québécois comme les Canadiens détestent les redresseurs de torts étrangers. Le rapporteur spécial de l'ONU sur l'alimentation, Olivier de Schutter, a goûté à l'hospitalité des ministres de Stephen Harper, il y a deux semaines.

Et cette semaine, ce fut au tour de deux autres experts, les rapporteurs spéciaux sur le droit à la liberté de réunion, Maina Kiai et Frank La Rue, de subir le courroux du gouvernement de Jean Charest, cette fois.

M. De Schutter a eu droit au traitement royal de la part des conservateurs, qui ont sorti leur vocabulaire du dimanche pour le traiter «d'intellectuel mal informé et condescendant», et auteur d'une étude à leur avis «ridicule».

Comme si tous les autochtones du Canada jouissaient d'une alimentation saine et équilibrée : en fait, le rapporteur ne fait que constater l'évidence.

Le ton des propos des ministres Jason Kenney et Leona Aglukkaq en disait plus long sur le niveau «intellectuel» de leurs auteurs que sur leur victime.

On n'aime pas le message, tuons le messager, la formule conservatrice est bien connue. L'obscurantisme a démontré son efficacité en nous faisant perdre notre siège traditionnel au Conseil de sécurité des Nations Unies.

À Québec, la ministre des Relations internationales, Monique Gagnon-Tremblay, invite de son côté l'ONU à s'occuper de la Syrie plutôt que du Québec, comme s'il fallait choisir entre les deux.

Elle a peu apprécié le communiqué soulignant que la loi 78 «restreint indûment le droit d'association et de réunion pacifique», aux yeux des observateurs internationaux.

Un peu d'humilité et de réalisme s'impose. D'abord, les politiciens ne contrôlent pas ce qui se dit ou s'écrit, même quand le Figaro, je vous le passe en mille, nous annonce que le NPD risque de battre Jean Charest aux prochaines élections.

Puis, ces visiteurs internationaux n'inventent rien. Les autochtones connaissent des problèmes de santé, et le Québec restreint le droit de réunion.

Mme Gagnon-Tremblay s'inquiète pour l'image du Québec. Je ne la blâme pas sur ce point.

Les «mercredis de la casserole» se répandent en effet hors de nos frontières, dans la foulée du mouvement d'occupation des espaces publics amorcé en Espagne l'an dernier et rendu célèbre, sur notre continent, par Occupy Wall Street.

Rien que cette semaine, un coup d'oeil sur les réseaux sociaux nous apprend que des marches plus ou moins bruyantes se sont déroulées de Halifax à Vancouver en passant par Hamilton, Kitchener, Lethbridge, Whitehorse et j'en passe.

À l'étranger, le tintamarre a atteint Bruxelles, Londres, Paris, Madison (au Wisconsin) et Little Rock (en Arkansas).

Même le ministère canadien des Affaires étrangères, lui qui normalement prévoit tout, n'avait pas préparé de réponse officielle pour les citoyens des autres pays à la recherche d'informations sur la situation au Québec.

La raison : les ambassades n'ont jusqu'ici reçu aucune demande sur les événements en cours, m'a-t-on dit en me recommandant sagement de consulter moi aussi Internet et les médias sociaux pour en savoir plus.

Mais sur le fond du débat, Ottawa s'inquiète des turbulences économiques provoquées par la crise. Si Jean Charest n'a pas la cote chez Stephen Harper, le fédéral craint avant tout un gain de Pauline Marois ou des souverainistes à retardement de François Legault.

Pas question toutefois à court terme de «s'ingérer» dans les affaires québécoises, de crainte d'une réaction vraiment épidermique contre un pouvoir conservateur mal perçu de la majorité.

Quant à «l'image» du Québec dans les autres provinces, ne cherchez pas, le miroir est cassé.

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