Tous les politiciens du Québec sortiront traumatisés du conflit avec les étudiants. Dorénavant, on y pensera à deux fois avant de se lancer dans des chambardements majeurs des politiques publiques. François Legault, qui a dominé brièvement dans les sondages sous l'étiquette du changement, sera beaucoup plus timide avant de s'attaquer aux conventions collectives des professeurs s'il est porté au pouvoir. Même Pauline Marois, qui a promis d'abolir la hausse des droits de scolarité, aura des réserves avant de rouvrir le couvercle de la marmite étudiante. On pourrait appeler ça le syndrome des casseroles, un traumatisme similaire à celui créé par la commission Gomery, qui a mené Jean Charest à résister aussi longtemps aux demandes d'une enquête publique sur la construction.
Les gouvernements ont l'habitude des manifestations et de l'opposition des groupes de pression à leurs politiques. Mais ils sont démunis lorsque ces protestations ne s'éteignent pas. La longue crise d'Oka, à l'été de 1990, a laissé des séquelles similaires. Encore aujourd'hui, Québec et Ottawa mettent des gants blancs avant d'intervenir sur les réserves autochtones.
Le pouvoir de la rue, qui a caractérisé la crise étudiante, soulève des questions de taille sur la capacité des élus de mener leurs politiques à bon port. La période dans laquelle s'engage maintenant le gouvernement Charest sera un test important à ce chapitre. L'échec des négociations nous ramène aux augmentations de droits de scolarité décrétées dans le budget de l'an dernier. À l'approche de l'échéance électorale, Québec voudra tout de même atténuer les critiques en appliquant les mesures de compromis annoncées par les ministres Raymond Bachand et Line Beauchamp le mois dernier. Mais la vraie question demeure : le gouvernement sera-t-il capable de faire respecter ses décisions à la reprise des cours au mois d'août et au retour des étudiants sur les campus à l'automne? C'est un test important pour les libéraux, mais encore plus crucial pour nos institutions. Le pouvoir de la rue, qui s'est illustré au cours des derniers mois, a-t-il la résilience nécessaire pour se mobiliser à nouveau au point de faire échec à la reprise des cours et à une décision prise par un gouvernement élu démocratiquement?
Si on porte le débat plus loin dans le temps, l'expérience des derniers mois soulève une question de taille dans l'éventualité d'une autre consultation populaire sur la question nationale. Imaginez la passion qui pourrait déferler dans nos villes et opposer les tenants du oui et ceux du non au lendemain d'un référendum gagnant par une faible majorité. Je n'ose y penser, tellement c'est cauchemardesque.