Conflit étudiant: recherche porte de sortie, désespérément

<p>Jean-Simon Gagné</p>

Jean-Simon Gagné
Le Soleil

(Québec) Si l'histoire du Québec était un film de science-fiction, on pourrait facilement imaginer le dénouement suivant.

Soudain, une immense soucoupe volante apparaît dans le ciel de la ville de Québec.

Le vaisseau s'arrête au-dessus de l'Assemblée nationale. Aussitôt, une puissante voix métallique se fait entendre.

«Jean Charest. Vous pouvez regagner la soucoupe volante. L'expérience visant à créer une énorme crise sociale et politique est terminée. Je répète : l'expérience est terminée. Arrêtez les frais. Cessez les manipulations. Vous en avez déjà trop fait.»

Stop. L'histoire du Québec n'a rien à voir avec le cinéma. Et, pour l'instant, rien ne permet de supposer que l'épisode actuel finira ainsi.

Depuis 109 jours, le Québec est plongé dans une crise sociale et politique majeure. Partout, notre petit vernis civilisé craque. Les familles sont divisées. Les voisins se chicanent. Paniqué par la montée de la contestation, le gouvernement Charest a fait adopter une loi d'exception qui restreint sévèrement les droits fondamentaux, en plus d'imposer des amendes draconiennes. La Ville de Montréal l'a imité avec un règlement interdisant le port d'un masque lors d'une manifestation, à moins de fournir 12 pièces d'identité prouvant que vous êtes le vrai Bonhomme Carnaval...

J'exagère à peine. Le serrage de vis a même attiré l'attention du rapporteur spécial des Nations Unies, Maina Kiai, qui a estimé que le Québec restreint «indûment» le droit d'association et de réunion pacifique.

Le gouvernement exhorte les citoyens à respecter les lois, mais il aurait mieux fait d'écouter les vieux professeurs de droit. Ceux-là disent que lorsque la loi impose des punitions démesurées, elle risque de perdre sa crédibilité.

«Le peuple n'a plus peur», résumait la célèbre banane manifestante, hier, quelque part dans le Vieux-Québec.

Faudra-t-il un drame pour qu'on se souvienne que le point de départ de la crise, c'est une hausse des droits de scolarité qui représente 65 millions $, du moins pour la première année. Environ 0,1% sur le budget du Québec, qui atteint 65,4 milliards $!

Le gouvernement prétend qu'il ne faut pas céder à la pression de la rue. Mais, en attendant, il esquive la seule question qui en vaille la peine. Est-ce que l'intérêt général commande de déchirer le Québec pour 65 millions$, en sachant que la population pourra se prononcer sur les droits de scolarité, lors d'élections prévues d'ici un an?

Peu importe. Car ces jours-ci, le gouvernement ressemble au gars ivre qui se referme toutes les portes de sortie sur les doigts. Pire, qui n'arrive plus à répondre aux questions les plus enfantines, du genre: Mickey Mouse était-il un chien ou un chat?

En suspendant les négociations avec les leaders étudiants, hier, le gouvernement Charest n'a pas commis une erreur stratégique. Plutôt une faute morale.

Car le premier devoir d'un gouvernement, ce n'est pas d'avoir raison à tout prix. Ni de jouer les Margaret Thatcher de pacotille. Le premier devoir d'un gouvernement, c'est d'abord d'éviter que la société soit déformée par la bisbille et par la haine.

Après, quand le pire a été évité, il est toujours temps de se livrer à de savantes analyses. Sur la dette. Sur le financement des universités. Sur la crise de confiance amorcée il y a bien longtemps, lors des trois années qu'il a fallu pour contraindre le premier ministre à déclencher une enquête publique sur l'industrie de la construction.

Tout le monde avait compris que la situation du gouvernement était devenue particulièrement embarrassante, le jour où même la FTQ-Construction s'était mise à réclamer une enquête publique...

Si l'histoire du Québec était un film de science-fiction, on pourrait imaginer le dénouement suivant.

Un matin, un conseiller complètement paniqué entre en coup de vent dans le bureau du premier ministre du Québec, Jean Charest.

- Monsieur le Premier Ministre! Monsieur le Premier Ministre! Il y a des centaines de milliers de personnes rassemblées devant l'Assemblée nationale! s'écrie le fonctionnaire. Je crois qu'il est urgent de composer un discours d'adieu!

Le premier ministre Charest fronce les sourcils avant de demander, d'une voix étonnée:

- Un discours d'adieu? Mais où s'en vont-ils tous?

Ça vous faire sourire? Tant mieux. Car l'histoire est allergique à la science-fiction.

Partager

lapresse.ca vous suggère

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

publicité

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer